[180] Ultio divina, et ultrix Dei justitia, pag. 222.

—Carlostad, archidiacre de Wurtemberg, porta l'impiété jusqu'à nier la présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie, après avoir gagé avec Luther, le verre à la main, qu'il soutiendrait cette erreur. Il abolit la confession auriculaire, le précepte du jeûne, et l'abstinence des viandes. Il fut le premier prêtre qui se maria publiquement. Il permit aux moines de sortir de leurs monastères et de renoncer à leurs vœux[181], etc. Tant de désordres publics devaient subir une punition éclatante. C'est pourquoi le Diable reçut ordre d'exterminer Carlostad. On doit présumer qu'il obéit avec peine, puisque l'archidiacre de Wurtemberg était hérétique, et que tout hérétique est fils et camarade du Diable, comme dit George l'apôtre[182].

[181] Pluquet, Dictionnaire des Hérésies, tome Ier.

[182] Le tombeau des hérétiques, 3e partie.—Un peu plus loin, le même George l'apôtre, de très-spirituelle et charitable mémoire, dit que l'hérétique est pire que le Diable, comme il y a des fils qui valent moins que leur père. «Le Diable, ajoute-t-il, craint la sainte hostie, et l'hérétique s'en moque. Il craint le signe de la croix; l'hérétique ne s'en soucie, et est plus assuré que tous les diables. Le Diable cite la sainte Écriture sans la corrompre; l'hérétique la corrompt en la citant. Le Diable a cru la transsubstantiation, baillant des pierres à faire du pain à Jésus-Christ, et eux la nient, etc. Aussi tous les hérétiques seront damnés, aussi-bien que les Juifs, Turcs et Païens.» (Ce livre a été imprimé en 1597.)

Quoi qu'il en soit, voici ce que Mostrovius raconte: Le jour que Carlostad prononça son dernier sermon, un grand homme noir, à la figure triste et décomposée, entra dans le temple et vint s'asseoir en face du prédicateur. Carlostad l'aperçut et se troubla. Il dépêcha son sermon; et, au sortir de la chaire, il demanda si l'on connaissait l'homme noir qui venait d'entrer dans le temple. Mais cet homme avait déjà disparu, et personne ne l'avait vu que le prédicateur. Pendant que ceci se passait, le même fantôme noir était allé à la maison de Carlostad, et avait dit au plus jeune de ses fils:—Souviens-toi d'avertir ton père que je reviendrai dans trois jours, et qu'il se tienne prêt… Quand l'archidiacre rentra chez lui, son fils lui raconta l'apparition, et lui rapporta les paroles du spectre. Carlostad épouvanté se mit au lit; et, trois jours après, le Diable lui tordit le cou[183]. Cet événement eut lieu en l'année 1541, dans la ville de Bâle.

[183] Cette anecdote se trouve encore dans les écrits de Luther, et dans un livre assez plat, intitulé, la Babylone démasquée, ou Entretiens de deux dames hollandaises, sur la religion catholique-romaine, etc., page 226; édition de Pépie, rue St.-Jacques, à Paris, 1727.

—Amalaric, roi d'Espagne, étant tombé dans l'arianisme, se conduisit indignement envers les chrétiens fidèles. Il avait épousé la princesse Clotilde, sœur de Childebert roi de France. Cette pieuse reine n'approuvait point les hérésies de son mari: le barbare lui fit crever les yeux… Clotilde envoya à son frère un mouchoir teint de son sang; et Childebert furieux marcha aussitôt avec une armée contre Amalaric.

Mais la justice des hommes fut prévenue par la justice éternelle. Tandis qu'il s'avançait au-devant de Childebert, Amalaric fut percé d'un trait lancé par une main invisible. Quelques historiens regardent cette mort comme un ouvrage du Diable. En admettant cette supposition, on n'aurait pas le plus petit reproche à faire à l'ange déchu qui n'agissait là, ni sans motifs graves, ni sans ordres supérieurs. Mais les bons écrivains disent très-bien que le trait fut lancé d'en-haut, et de la main des vengeances divines; stupendum sanè divinæ vindictæ argumentum[184].

[184] Lambertini de Cruz-Houen, Theatrum regium Hispaniæ, ad annum 510.

—Une petite troupe de pieux cénobites regagnait de nuit le monastère. Ils arrivèrent au bord d'un grand fleuve, et s'arrêtèrent sur le gason pour se reposer un instant. Pendant qu'ils tuaient le temps et l'ennui, en contant des historiettes, ils entendirent plusieurs rameurs qui descendaient le fleuve avec une grande impétuosité. L'un des moines leur demanda qui ils étaient?—Nous sommes des démons, répondirent les rameurs; et nous emportons aux enfers l'âme d'Ébroïn, maire du palais, qui tyrannisa la France, et qui abandonna le monastère de Saint-Gal pour rentrer dans le monde… Les moines épouvantés s'écrièrent: Sancta Maria, ora pro nobis.—Vous faites bien d'invoquer sainte Marie, répliquèrent les démons; car nous allions vous noyer, pour vos débauches et votre babil. Les cénobites, sans entrer dans de plus longs colloques avec des gens qui rendaient si bien la justice, reprirent le chemin du couvent, et les Diables celui de l'enfer[185].