Reims avait été la charnière du front de Champagne, Verdun fut la charnière même de tout le front de France.

Place forte au centre d'un pays sévère que sa situation aux Marches de Lorraine semble avoir prédestinée à être le champ clos où s'entrechoqueraient les races, Verdun, l'un des Trois-Évêchés de jadis, fut toujours très convoité. Sa réunion à la couronne par Henri II date de 1552.

Par deux fois, elle vit l'invasion se heurter à ses murs; en 1792 d'abord, puis en 1870, où elle résista plus de trois mois et ne capitula qu'après avoir tenté, par de meurtrières sorties, de rompre l'investissement.

Dès le lendemain de nos désastres, elle reprit sa garde sur les Côtes de Meuse au milieu de cet appareil guerrier qui lui donnait, dès le temps de paix, une physionomie très personnelle et vécut en se préparant à soutenir la première attaque de l'ennemi; mais elle l'attendait, sereine, parce que sûre d'elle-même et de ses défenseurs.

L'avenir justifia sa confiance. Citadelle inviolée, au moment le plus tragique de la lutte, elle incarne en elle la patrie tout entière et son héroïque résistance est une épopée très pure dans la grande épopée française.

Pendant la lutte d'une année qui se déroula autour d'elle, des forts de Douaumont et de Vaux à la cote 304 et au Mort-Homme, toutes nos armées participèrent à sa défense et la trouvèrent toujours inébranlable malgré ses brèches sans nombre.

Sous ses murs, notre volonté de «tenir» triompha de la volonté de vaincre qui animait l'ennemi. Ce fut vraiment l'instant culminant de la guerre et la vieille citadelle en est sortie déchirée mais glorieuse après avoir assisté à la plus effroyable des batailles de la plus effroyable des guerres.

Au milieu de ses villages tragiques, anéantis, pulvérisés, de ses bois rasés, de ses campagnes labourées, éventrées, houleuses, au sol ridé de petites vagues de terre, Verdun renaît.

Bien que protégée maintenant par Metz, elle garde son âme militaire. Au printemps de 1919, son aspect évoquait encore les grands mouvements de troupes et les files de camions des heures graves de la bataille avec l'alternance de ses courants. Mais cette animation, gaie et de bon aloi, n'est plus dominée par l'épouvantable fracas de la lutte acharnée où la mort coupait à pleine faux.

Bientôt elle aura recouvré sa vie d'autrefois et avec beaucoup d'autres sœurs blessées, elle pourra reprendre pour son compte la devise de Châteaudun, la ville martyre de 1870: Extincta revivisco!