La Saint-Robert, qui a la tête un peu montée, est encore plus insupportable que le matin. Assise dans un coin de la loge de sa fille, elle surveille sa toilette; elle ne laisse pas un moment de repos à la femme de chambre et à l'habilleuse; elle les harcèle sans cesse, elle leur cherche querelle à brûle-pourpoint: tantôt c'est une manche qui va mal; tantôt c'est la jupe qui est trop relevée; tantôt c'est la coiffure qui est trop basse; tantôt c'est le rouge qui est mal mis. Heureusement qu'on a pris depuis longtemps l'habitude de la laisser grommeler toute seule dans son coin, et de ne pas plus faire attention à elle que si elle n'existait pas.

Drelin... drelin... drelindindin: c'est la sonnette du sous-régisseur. Il crie du bas de l'escalier:

«Êtes-vous prêtes, mesdames?»

La Saint-Robert se précipite vers l'escalier, et répond d'une voix criarde, qui contraste assez drôlement avec la voix de Stentor du sous-régisseur:

«Pas encore, ma fille n'est pas prête. C'est bon pour celles qui n'ont rien à se mettre sur le dos d'être prêtes au bout d'une heure. A-t-on jamais vu presser le monde comme ça!»

Enfin Aurélie descend. La Saint-Robert la suit, prend une chaise dans le foyer, et va, malgré la défense de l'administration, se placer, pour bien saisir l'effet de la pièce, dans une coulisse d'avant-scène. Là, elle trouve déjà installées trois ou quatre commères, et entre autres la Saint-Jullien. Le régisseur découvre ce nid de vieilles femmes et les force à déguerpir; elles en sont quittes pour transporter leurs pénates de l'autre côté du théâtre: le régisseur les y poursuit encore, et leur dit d'un ton colère:

«Mesdames, vous savez bien qu'il est défendu de s'asseoir dans les coulisses... Reportez ces chaises au foyer.

—C'est bon, répond la Saint-Robert, c'est bon, monsieur Baguenaudet... On ne vous les mangera pas vos chaises et vos coulisses.»

Les commères fuient encore une fois devant le régisseur, et vont reprendre la place qu'elles occupaient d'abord. Le directeur fait demander M. Baguenaudet dans son cabinet. Les voilà tranquilles... pour un acte au moins. Le cercle est formé: on dirait une réunion de sorcières. La conversation s'engage, les paroles succèdent rapidement aux paroles, ou plutôt s'enchevêtrent les unes dans les autres; toutes ces bavardes veulent se faire entendre à la fois. La Saint-Jullien ne peut pas finir une phrase. Tandis qu'elle en est encore à bégayer le premier mot, sa voisine en a déjà débité une quarantaine; ce qui fait qu'elle en reste toujours à son exorde. Que n'est-elle souvent imitée par bien des orateurs que je connais et pourrais nommer!