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Chacune de ces dames raconte, pour la cinquantième fois au moins, l'histoire de ses antécédents. L'une est veuve d'un banquier qui a eu des malheurs dans les fonds d'Espagne; l'autre est fille d'une grande dame qui n'a jamais voulu dire son nom, qui l'a mise en pension jusqu'à l'âge de vingt ans, chez une boulangère de Courbevoie, et qui a tout à coup cessé de donner de ses nouvelles (mouvement d'indignation mêlé de surprise); une troisième soutient qu'elle serait riche à millions, si, en 1815, les cosaques n'avaient pas découvert l'endroit où elle avait enterré les trésors qu'elle avait gagnés à la loterie. Quant à la Saint-Robert, elle répète le récit de sa liaison douloureuse avec M. de Saint-Robert, le plus bel homme de la vieille garde, et le favori de l'empereur Napoléon.

Quand on a bien épuisé toutes ces banalités, comme la pièce ne commence pas encore, on se rejette sur d'autres sujets de conversation:

«Dites donc, mame Saint-Jullien, dit la Saint-Phar... où donc que vous avez acheté cette robe?

—Aux Trois Ma... Ma... Ma... Ma...

—C'est ça, aux Trois Magots, se hâte de dire la Saint-Phar. Ça vous coûte au moins cinquante sous l'aune.

—Qua... qua... qua... qua...

—C'est ça, quarante sous l'aune. Eh ben! ils n'sont pas mal voleurs! Comme on écorche le pauvre monde à présent! Et c'est de couleur claire encore! la mort au savon! Tenez, v'la une étoffe foncée qui ne me revient qu'à trente-cinq sous. Et comme c'est gentil! on en a plein la main.

—Je ne sais vraiment pas comment vous faites, mame Saint-Phar, reprend la Saint-Robert, mais vous avez toujours tout meilleur marché que les autres.

—C'est que je sais chercher, ma bonne... J'ai le nez à la marchandise...»