Dans un vaste et bel hôtel du faubourg Saint-Germain, au fond d’une chambre élégante et blanche de jeune fille, toute parfumée d’un frais parfum, et tout ornée de mille petits riens charmants, mademoiselle Marguerite de Bussy était assise devant une table en bois de palissandre chargée d’une écritoire d’écaille incrustée d’or, avec tous ses accessoires de papier armorié, de cire odorante et de cachets aux fines et délicates devises.
Elle écrivait depuis un moment, et sa plume courut d’abord avec une grande rapidité, mais tout-à-coup elle s’arrêta. La jeune fille parut rêver, voulut recommencer à écrire; mais, soit qu’il y eût dans la lettre dont elle s’occupait quelque pensée difficile à exprimer, soit qu’elle songeât à trop de choses ensemble, les mots ne coulaient plus, elle s’arrêta tout à fait et resta pensive.
Mademoiselle de Bussy était une jolie personne assez grande, un peu pâle, frêle, délicate, blonde, avec des mains et des pieds d’enfant, un air de distinction et d’élégance exquises, une physionomie fine, mobile, un peu moqueuse, et cette assurance spirituelle que possèdent toutes les jeunes personnes élevées au milieu du grand monde; elle ne marchait, ni ne s’asseyait, ni ne parlait, ni ne se taisait, sans qu’on comprit qu’elle était née dans un noble hôtel du noble faubourg, tant elle était belle et grande dame depuis les pieds jusqu’à la tête.
Elle avait donc interrompu sa lettre, et rêvait avec un air assez triste quand un coup très léger se fit entendre à sa porte, et une jeune femme entra dans sa chambre sans s’être fait annoncer.
«Comment! c’est vous, chère Diana! quel bonheur inespéré de vous voir! s’écria Marguerite. Je vous croyais à Londres, et, tenez, je vous écrivais.
—Chut! dit la jeune femme en mettant deux doigts sur sa bouche en signe de mystère; ne me nommez pas, chère Marguerite; je ne fais que traverser Paris, et je tiens beaucoup à ce que mon passage n’y soit pas connu. Vous n’en parlerez pas même à votre mère. Je sais qu’elle est sortie; je m’en suis assurée avant d’entrer chez vous.
—Pourquoi tout ce mystère, chère lady L...? dit Marguerite.
—Oh! pour rien, je vous conterai cela plus tard, répondit la jeune femme avec un léger accent anglais, plein de grâce dans une jolie bouche. Un voyage, une partie, un coup de tête; une misère enfin, ajoute-t-elle d’un ton qu’elle cherchait à rendre léger, mais où perçait cependant quelque embarras. Je ne verrai personne à Paris.
—Comment! pas même ma mère, qui aurait été si aise de vous voir?