—Non, personne... On ne voulait pas non plus que je vous visse; mais je n’ai pas voulu traverser Paris sans embrasser ma chère Marguerite.»

Et la belle et jeune femme jeta ses bras autour de la taille de son amie avec ce mélange de gaucherie et de grâce dont l’une appartient à la nature anglaise, et dont l’autre est inséparable de la jeunesse et de la beauté.

Marguerite lui rendit ses caresses et lui témoigna la joie que lui causait son arrivée inattendue.

«J’ai tant de choses à vous dire, continua mademoiselle de Bussy quand elles se furent toutes deux assises sur une petite causeuse où elles se tinrent quelque temps embrassées. Mais avant tout parlez-moi de lord L... Il est ici, sans doute?

—Non, répondit-elle avec un peu d’embarras. Et, voyant l’étonnement de son amie, elle se hâta d’ajouter, en rougissant comme un enfant qui ment: «Il doit me rejoindre dans peu... Et ses chevaux, ses chiens... Il aime énormément ses chevaux et ses chiens, et ne pouvait pas les quitter si vite!

—C’est donc avec votre mère que vous voyagez?

—Pas davantage; mais de grâce ne mettez pas votre esprit à la torture pour deviner les circonstances de mon voyage; je vous conterai cela plus tard, et parlons de toutes ces choses que vous aviez à me dire; j’ai très peu de temps à vous donner, et je veux savoir tout ce qui vous touche. Nous avons été si séparées depuis deux ans... et Dieu sait quand nous nous reverrons! murmura-t-elle, mais si bas que Marguerite n’entendit pas ces derniers mots.

—Ah! oui, nous avons été bien séparées, chère Diana. Heureusement vous arrivez au moment où j’ai le plus besoin de vos conseils et de votre amitié, non pour me décider, car je le suis, mais pour m’aider à suivre vaillamment mes résolutions.

—Mon amitié est tout à vous, chère petite, vous le savez bien; quant à mes conseils, ils ne passent pas pour très bons, je vous en avertis. En disant ces mots, Diana s’était levée comme pour arranger ses boucles brunes et soyeuses que le vent avait un peu dérangées, et la glace refléta l’un de ces visages qu’on ne trouve que dans les rêves, ou en Angleterre.

—Mais avant tout, continua Diana, faites bien défendre votre porte, pour qu’on ne puisse nous interrompre ni me voir chez vous, et vous ne parlerez de ma visite à personne, entendez-vous bien...