—Mon Dieu! ma chère Diana, je vous trouve un air distrait et agité qui m’alarme; que vous est-il donc arrivé?

—Rien... il ne m’est rien arrivé, je vous assure... C’est sans doute la joie de vous revoir qui me donne cet air préoccupé... Ah! chère Marguerite, votre vue me rappelle de si doux souvenirs! quel temps plein de charme il retrace à ma mémoire!

—Celui de votre mariage, n’est-ce pas, où je vous vis si heureuse, si éperdument éprise du beau Jemmy?

—Oh! non, en vérité, ce n’est pas à ce temps-là que je pensais, mais au contraire à celui où j’étais encore une heureuse fille insouciante, ayant tout l’avenir, l’espace, le monde à moi, et portant mes rêveries sur les grèves enchantées qui bordent la mer; mes espérances étaient grandes comme elle alors.

—Oh! plaignez-vous, belle songeuse, d’avoir échangé de vagues illusions contre un mariage d’amour... Et que diriez-vous donc, ma pauvre Diana, si vous aviez échangé tous les trésors, toutes les joies de ce ciel étoilé que chaque jeune fille porte en elle-même, contre les froides et lourdes chaînes d’un mariage semblable à celui que je vais faire?

—Vous allez vous marier, chère Marguerite; oh! j’en suis bien aise; contez-moi tout cela.»

Dans la manière dont ces derniers mots étaient dits par lady L..., peut-être aurait-on pu voir percer, à travers l’intérêt que lui causait cette nouvelle, un certain soulagement d’échapper aux investigations de son amie, en portant toute l’attention de Marguerite sur elle-même.

«Oh! vous allez vous marier? reprit-elle, en voyant que mademoiselle de Bussy ne disait plus rien.

—Oui, mais il n’y a rien là de très gai, je vous assure.» Elle essaya de sourire tandis que dans ses yeux brillaient deux larmes qu’elle essuya furtivement avec l’un de ses doigts et reprit: «Pour moi ce ne sont pas, comme pour ma belle Diana, toutes les joies d’un amour partagé; ce ne sont pas des promenades infinies au clair de la lune; ce ne sont ni des soupirs, ni des extases de bonheur à faire rêver longtemps une pauvre fille élevée comme moi à la française, et destinée à se marier à la française, c’est-à-dire de la plus sotte façon du monde; ô ma Diana, que je vous ai enviée alors!

—Quel mariage faites-vous donc? interrompit lady L... avec un sourire indéfinissable, où paraissait percer une sorte d’impatience irritée.