—Quel mariage je fais? Ah, mon Dieu! je fais un mariage à peu près comme tous ceux que je vois faire autour de moi, un mariage à pleurer d’ennui en attendant qu’on y pleure de tristesse, et qu’on y meure de consomption.

—Et pourquoi le faire?

—Pourquoi? mais, mon Dieu, parce qu’il faut bien en finir.

—Bonne raison! dit Diana éclatant de rire involontairement, malgré la gêne et la contrainte qui avaient paru la dominer depuis un moment.

—Mais oui, pour en finir, reprit mademoiselle de Bussy; vous ne me comprenez pas, je le vois bien, parce que vous ne savez point ce que c’est en France que d’être cette chose insipide, ennuyeuse et embarrassante qu’on appelle une fille à marier.

—Que ne suis-je encore cette chose-là! dit Diana en étouffant un soupir.

—Vraiment, reprit mademoiselle de Bussy, je ne suis pas surprise de votre étonnement. En Angleterre, l’état de jeune fille est une royauté charmante; une jeune fille règne sur tout ce qui l’entoure; toutes les fêtes, tous les plaisirs sont pour elle: son printemps est plus riant et plus beau que celui de l’année. Tant qu’une Anglaise n’a point subi le joug quelquefois un peu rude du mariage, c’est une reine, c’est une fée autour de laquelle tout est sourire et bonheur; elle est libre, elle est fière et dicte des lois à tout ce qui l’approche. Il y a longtemps qu’on l’a dit, il faudrait être jeune fille en Angleterre et femme en France.

—J’aurais assez aimé à cumuler ces deux libertés, dit Diana moitié gaie, moitié triste.

—Il ne tient qu’à vous, chère Diana, venez passer l’hiver prochain à Paris.

—Je ne sais point ce que je ferai l’hiver prochain, je vis au jour le jour, n’aimant pas à songer au lendemain: mais dites-moi quelle est l’existence des jeunes filles en France; vous ne m’en avez jamais parlé?