—Et mon beau fiancé de ce soir, dit Marguerite avec sa jolie physionomie moqueuse, qu’allez-vous en faire?.

—Ce matin même, de chez mon notaire, où je viens d’apprendre ton changement de situation, je lui ai écrit, avant que la nouvelle fût ébruitée, pour lui dire que des réflexions sur la différence de vos goûts et de vos caractères me faisaient renoncer à l’honneur de son alliance.

—Vraiment, reprit Marguerite, je n’en suis assurément pas fâchée; pourtant, s’il faut le dire, ce procédé me semble un peu dur. Le trouver bon pour dix mille livres de rente, et le rejeter quand on en a cinquante; comment pourra-t-on traduire cela dans le monde?

—C’est mon devoir de mère de bien établir mes enfants, et personne ne saurait me blâmer de le remplir, répondit madame de Bussy d’un air digne mais positif; à présent tu peux aspirer à tout, et j’espère te faire faire un magnifique mariage.

—Allons, me voilà fille à marier comme devant; mais, ma bonne mère, maintenant que je suis riche, pourquoi n’essaierais-je pas un mariage d’inclination, non pas à la française, mais à l’anglaise, comme lady L...? Vous en souvenez-vous? quand nous étions en Angleterre, c’était bien beau, bien séduisant! O maman, la fortune doit servir, ce me semble, à tout autre chose qu’à chercher la fortune; ne le pensez-vous pas?

—Un mariage d’amour comme lady L..., c’est en effet une belle chose; attendez. Madame de Bussy sonna sa femme de chambre, et lui dit de lui apporter un journal anglais resté sur sa toilette; elle y lut ce qui suit:

«Lady Diana L..., une belle et charmante personne de la haute société anglaise, à la suite de vifs chagrins intérieurs, est partie de son hôtel, dans Portland-Place, avec le prince Frédéric de N..., connu en Angleterre par des succès de plus d’un genre; les fugitifs se rendent, dit-on, en Italie en passant par la France.»

Marguerite restait confondue. Madame de Bussy, très fière de son argument, encore que ce fût la fille d’une amie qui le lui fournît, ajouta en regardant Marguerite:

—Voilà ce que sont tous les mariages d’amour.

—Je n’en reviens pas, répondit la jeune fille: c’est là l’explication de... Mais craignant de trahir le secret de la visite du matin, elle s’arrêta; un moment après elle reprit: En vérité, je ne comprends pas comment il faut se marier, si les mariages de seule convenance et les mariages d’amour sont tous également redoutables.»