—Pardon, je ne doute pas de la beauté de votre voix; mais pour chanter les ténors, encore faut-il quelques notions de l’art dramatique.
—Oui, c’est ce qu’on m’a dit. Pourtant ça ne m’inquiète pas: j’espère bien, une fois engagé, perfectionner mon jeu. Souffrez que je continue: «O Mathilde, idole...»
—Je suis désolé de vous interrompre, mais il m’est impossible de vous juger de cette manière: il faudrait vous voir jouer une scène entière pour comprendre ce que vous savez faire. Tâchez de trouver quelqu’un qui puisse vous donner une réplique, et alors j’irai vous entendre. Je m’en ferai un grand plaisir.
—Comment! c’est aussi difficile que ça? Je croyais que vous alliez m’engager immédiatement. S’il en est ainsi, j’attendrai... je verrai... C’est étonnant tout de même quand on donne le si d’en haut! Tenez, monsieur, si, si... J’ai l’honneur de vous saluer. «O Mathilde, idole de mon âme!...»
A cet original succède un individu qu’on reconnaît tout de suite pour un comédien de province. Sa redingote, ornée de larges revers et d’une foule de brandebourgs, offre un contraste assez plaisant avec un pantalon jadis blanc et un vieux feutre gris qui paraît être en équilibre perpétuel sur le chef de son propriétaire.
«Bonjour, monsieur***.
—Bonjour, mon fils.
—Vous n’avez rien de nouveau pour moi?
—Non, mon garçon, non. Si tu chantais, avec l’habitude de la scène que tu as, parbleu! il y a longtemps que je t’aurais casé.
—Que voulez-vous! chacun son genre. Dire que j’ai joué les premiers rôles à Strasbourg!... (soupirant) Ah! j’ai eu bien de l’agrément dans cette ville!