Il n’est guère permis de douter que la fermentation intellectuelle qui travaille notre époque ne produise tôt ou tard, si l’on peut s’exprimer ainsi, le vin généreux qui fortifiera l’humanité future. Des moqueurs nous disent en souriant qu’à travers tous ces breuvages on nous offre souvent de la piquette. Piquette, soit! et pourquoi ne l’avouerait-on pas? En comparaison de l’eau claire, la piquette est encore un progrès. Que serait-ce si nous voulions parler de l’eau trouble! Mais la politique n’est pas de notre cadre, Dieu merci! Nous sera-t-il permis d’ajouter, pour la gouverne particulière des faiseurs d’épigrammes, que Chaptal, chimiste savant, ne connaissait pas de piquette, et qu’il avait l’art de transfigurer le vin de Surêne en vin de Johannisberg? Qui donc empêcherait les railleurs, juges un peu légers des choses qui demandent un profond examen, d’être les Chaptals de la piquette humanitaire?...
S’il se rencontre dans cette silhouette un ou deux traits acerbes par leur expression, on voudra bien nous le pardonner. Les coupables ont le droit de se prendre pour bourreau; nous usions d’un droit en nous montrant sévère et moqueur. Le catholicisme recommande surtout à ses adeptes récents des récapitulations de conscience et des amendes honorables; pénitences bénignes pour des blasphèmes dont on a honte et dont on lui demande l’absolution. Résignation, et meâ culpâ, ceci n’est qu’un portrait pris au miroir.
Raymond Brucker.
LA LOUEUSE DE CHAISES
LA LOUEUSE DE CHAISES.
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