Mais enfin, quelle récompense pourra payer de si longs et si rudes services? quelle couronne civique gardons-nous à notre infatigable défenseur? quel est le prix, pour la société, de cette vie et de cette mort du gendarme? Les Invalides s’il vieillit, l’hôpital s’il est malade, un coin de terre s’il meurt. Tant qu’il exerce son dur métier, tant qu’il nous garde, tant qu’il se dévoue, trente sous par jour, je l’ai dit! trente sous et le mépris de ses concitoyens, la rancune des fripons, la raillerie des sots, les haines d’une politique imbécile, les malédictions de la foule, les huées des enfants, le pilori du théâtre et les bons mots des plus méchants farceurs qui ne lui font pas de trève et qui frappent à cet endroit sans relâche, tant ils savent que là est la patience, le parfait courage et la parfaite résignation.

Si bien qu’ils l’ont à peu près tué, cet excellent et utile gendarme. Les brocards l’ont entamé, les pavés ont fait le reste: ces choses se valent en France. Il s’éteint donc tous les jours, et en lui va périr ce mot qui restait dans la langue d’un fier et noble état d’autrefois: je veux dire le beau nom qu’il portait, gens d’armes, hommes d’armes. En effet, ce gendarme était, dans nos fastes, le reflet d’une grande gloire, le dernier neveu, non indigne, des gens d’armes de Bayard et du roi Henri.

Car, avant de finir, admirons ceci. Le gendarme n’a eu qu’à changer de nom et d’habit pour se faire aimer de ce peuple qui le maudissait. Il s’appelle garde municipal à Paris. On l’exécrait en revers rouge, on le supporte en revers jaune. C’est le même homme, le même gendarme. Il y a la différence d’un galon. Et puis qu’on prenne en souci les colères et les fantaisies de cette folle nation que nous sommes!

Édouard Ourliac.


LE FACTEUR DE LA POSTE AUX LETTRES

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LE FACTEUR DE LA POSTE AUX LETTRES.