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Vous avez passé la nuit au bal.—Il est midi.—Vous vous levez, l’œil encore appesanti par le sommeil. On sonne à votre porte.

«Qui est-ce qui est là?—Le facteur qui demande à parler à monsieur.—Le diable t’emporte!» Et tout en murmurant ces paroles d’un fatal augure pour le visiteur, vous ouvrez.

«Monsieur, c’est votre facteur qui prend la liberté de vous souhaiter la bonne année et de vous offrir un almanach.»

A l’audition de cette formule, prononcée le plus souvent d’un air riant par un homme d’une quarantaine d’années, à la taille moyenne, aux formes nerveuses et ramassées; à la vue de cette main qui, parmi plusieurs douzaines de cartons, choisit avec un tact tout particulier celui qui convient le mieux à vos goûts ou à votre condition, un frisson involontaire vous saisit. Ces trois mots—la bonne année—ont suffi pour faire dérouler devant votre esprit un cercle infini d’idées pauvres et maussades. Vous avez reconnu tout d’abord l’approche du 1er janvier, jour néfaste pour qui n’est plus un enfant, époque fatale où, de peur de manquer à des usages généralement reçus, on doit tout à la fois se faire banquier et comédien.

Au facteur appartient de temps immémorial le soin de nous avertir chaque année du moment où nous allons être appelés à jouer l’un et l’autre de ces rôles; et comme aujourd’hui vous n’en êtes pas à votre coup d’essai, vous reconnaissez cette attention prévenante par le don de quelques pièces de monnaie proportionné à l’étage que vous habitez et à votre générosité. Par forme de conversation même, et quoique dans toute l’année vous ne receviez peut-être pas dix lettres à votre adresse, vous avez recommandé pour l’avenir le plus grand soin dans leur remise; ce qui, soit dit entre nous, produira autant d’effet que cette suscription, très pressée, par laquelle de fort honnêtes gens croient encore de nos jours imprimer à leur correspondance une célérité extraordinaire.

Votre facteur a promis, et, modifiant son salut suivant l’importance de l’étrenne, il s’est retiré en toute hâte, car à cette époque les instants lui sont chers. De votre côté, regrettant presque le petit présent que vous n’avez pas osé lui refuser, et comparant d’un coup d’œil les recettes multipliées qu’il va faire, avec les dépenses excessives dont sa présence vous a annoncé le retour, vous vous surprenez à dire avec un gros soupir: «C’est un bon métier que celui de facteur!»

Le connaissez-vous, ce métier, pour en parler ainsi?—Non, sans doute; et cependant vous ne pouvez faire un pas, à quelque heure, dans quelque quartier que ce soit, sans rencontrer une des quatre cent six individualités de ce corps utile, qui chaque jour parcourt nos rues en tous sens.