«Connaissez-vous ma dernière romance?
—Elle est charmante.
—Vous me flattez; il est vrai qu’elle a réussi, malgré des paroles détestables. Dorénavant j’aurai soin de me pourvoir d’un autre poëte.»
Quelle différence entre le faiseur de romances et son collègue le chansonnier, débris de l’ancien Caveau et du Caveau moderne, président de goguette, membre de la société du Gymnase Lyrique, conservateur des la faridondaine, des lon lan la landerirette, et autres vieilleries du théâtre de la Foire. Le chansonnier descend le fleuve de la vie en l’égayant par des flonflons. Le chant est sa langue naturelle, et, quand il parle comme tout le monde, il déroge à ses habitudes. Sa présence anime les banquets; il accompagne chaque service d’un refrain, et bénit l’ingénieux faïencier qui imagina le premier de graver des couplets sur les assiettes.
«Silence, mesdames et messieurs! je vais vous chanter l’éloge du champagne; ayez la bonté de m’accorder un moment d’attention! Je porterai un toast à la fin de chaque couplet, et honnis soient les retardataires qui ne me feraient pas raison. Premier couplet!...
Air de la Révérence.
Au champagne il faut consacrer
Une chansonnette légère,
Je consens à le célébrer,
Mais d’abord emplissez mon verre.
De ce vin l’enivrant bouquet
Mettra mon esprit en campagne,
Et c’est rempli de mon sujet
Que j’aime à chanter le Champagne (bis).
Le Champagne!
A la mémoire de Désaugiers!... Vidons la coupe en trois temps!... Attention, mesdames et messieurs, voici le couplet politique; on le chante à voix basse. Regardez, je vous prie, si les portes sont bien fermées, et s’il n’y a pas de sergents de ville dans l’honorable société... Deuxième couplet!...