Hier par un beau temps je quittai ma demeure
Pour m’aller promener: il pouvait être une heure.
Je m’en fus à Montmartre; or c’est un bel endroit
Où l’air que l’on respire est pur, et d’où l’on voit
Se dérouler Paris, le vieux géant de pierre,
Noyé dans un brouillard de poudreuse lumière.
Des torrents de soleil inondaient le vallon;
L’oiseau chantait en l’air, dans l’herbe le grillon,
Et sous le berceau vert l’ouvrier en goguette.
Tout était gai, le ciel, les champs et la guinguette;
Moi-même je sentais mon cœur libre et joyeux...
Mais tout à coup des pleurs obscurcirent mes yeux;
Un songe de néant pesa sur ma poitrine,
Car je venais de voir, au pied de la colline,
A l’ombre de cyprès par le vent balancés,
Des flocons de tombeaux blanchâtres et pressés!
Le poëte intime affectionne le sonnet. Il combine deux quatrains et deux tercets en l’honneur de qui que ce soit, et pour exprimer n’importe quelle idée.
Floréal est venu; le mois des giboulées
Cesse de détremper les flancs de nos côteaux,
Voici des jours de flamme et des nuits étoilées,
Un soleil radieux se mire dans les eaux.
Le fabricant de romances réunit en lui le poëte élégiaque, le poëte nébuleux et le poëte intime. Il est auteur du Chant du pâtre, de Ma Chaumière, du Chasseur tyrolien, de la Fleur des champs, de la Brise du soir, de Toujours toi, de C’est toi que j’ai rêvée, et d’une foule de barcarolles sur les gondoles et les farandoles. Bien qu’il soit obligé de se plier au caprice du musicien, il s’attribue exclusivement le succès de leur œuvre commune.
«Connaissez-vous ma dernière romance?
—Je l’ai entendu chanter; l’air est délicieux.
—L’air n’est rien; ce sont les paroles qui lui donnent un certain relief: je m’adresserai désormais à un autre compositeur.»
Le musicien parle différemment.