Qui aime sans tricherie
Ne pense, n’a trois, n’a doz,
D’une seule est désiros,
Cil que loyax amors lie.

(Jehan Moniot, Poésies du treizième siècle.)

SON VISAGE ÉTAIT PALE.

(Kotzebue, Adélaïde de Wolfingen, acte II, scène VII.)

Parfois, pour se donner à peu de frais un vernis d’érudition, le poëte nébuleux pille çà et là, dans les grammaires et les Guides de la conversation, des épigraphes en anglais, en allemand, en espagnol, en turc, en russe, en chinois, et autres langues dont il ne possède pas la moindre teinture. Il affecte aussi les tours de force en fait de versification, et danse sans balancier sur la corde rhythmique.

Quand la guerre, sur la plaine
Pleine
De bataillons, où la mort
Mord,
Dans le sang et le carnage
Nage,
Jetant les rois des combats
Bas;

Dans les enfers tout rougeoie,
Joie,
Orgie et repas sans fin,
Fin;
Car maint pécheur qui trépasse
Passe
Par la porte du manoir
Noir.

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Comme le poëte nébuleux, le poëte intime est une création moderne: c’est un intrépide flâneur qui passe ses jours à regarder par sa fenêtre, à courir les rues et les champs, à suivre de l’œil le vol des mouches et des papillons: passe temps fort inoffensif s’il ne tenait en prose rimée un journal de ses faits et gestes.