Le flambant se reconnaît à cent signes divers; sa tenue plus riche, plus soignée, dépasse toujours l’ordonnance; de quelque sévérité qu’on use à son égard, on le rendrait plutôt muet que de l’empêcher de porter un galon plus large, une tresse plus fournie; tantôt il pare sa casquette d’un gland d’officier; tantôt, au jour du départ il se ceint le corps d’une large écharpe rouge. La chaîne en cheveux, la montre d’or, le jabot complètent sa toilette fanfaronne. Son front est empreint d’une mâle hardiesse, à laquelle se mêle une teinte prononcée d’insolence; une large mouche décore son menton; les mains dans les poches, les jambes écartées, il aime à se poser; quoique soumis à une certaine oscillation volontaire, sa démarche est aisée, gracieuse même; aussi pas une Charlotte de taverne, pas une Paméla d’hôtel ne peut lui résister. Il serait plus facile de nombrer les innombrables petits verres dont chaque jour il abreuve son gosier, que de compter les succès qui l’attendent sur sa route.

Le flambant s’estime égal à tous, et bien supérieur aux simples employés pour lesquels il ne consent qu’à grand renfort d’amendes à porter le bout des doigts à l’extrême bord de sa coiffure. Généreux du reste, sa bourse s’ouvre d’elle-même à la première pensée d’une action charitable; ses camarades le trouvent toujours prêt à l’occasion; néanmoins, ils ne l’aiment pas; jaloux de ses promptes arrivées, de sa témérité, de son talent à sonneries fanfares, que sais-je? ils lui prodiguent en arrière les noms d’avale-tout, de gâte-métier, et cependant ils s’efforcent à l’imiter et y réussissent merveilleusement... quant aux défauts.

Malheur à qui oserait médire devant lui de l’administration qu’il représente! La concurrence est son rêve, sa félicité, son dieu. Rude jouteur, il met hors de combat les champions et les chevaux qui luttent avec lui, et ne craint pas, pour brûler un rival, de descendre la côte au triple galop, imprudence extrême que couronne le plus souvent, il faut le dire, un extrême bonheur.

C’est lui qui dans sa verve distribue les noms de guerre; c’est lui qui enrichit le dictionnaire messagiste de quelque mot nouveau; dans sa bouche, la voiture devient une bagnole ou une ferrayeuse, l’inspecteur de route un christ, le renvoi de l’administration, un balancement, etc., etc.

Rempli d’effroi pour le mariage, les médisants prétendent qu’il ne craint pas la bigamie. Quoi qu’il en soit, il respecte les convenances, et la femme de Lyon ne connaît jamais celle de Paris.

Son jeu favori est le billard où il excelle; le piquet et les dominos reçoivent parfois ses hommages.

J’aurais un faible pour le Fringant, si la fraude et quelque peu de contrebande ne venaient de temps à autre ternir sa gloire; mais son imagination ne peut demeurer inactive; il faut un but à ses inventions toujours neuves, souvent ingénieuses, et, par malheur, c’est le commerce qu’il choisit pour objet de leur application: non pas ce négoce honnête qui, soumis aux lois, paie bourgeoisement tout ce qu’on lui demande, mais cette industrie coupable qui ne connaît ni frontières, ni règlements, ni tarifs. Étrange anomalie des sentiments qui fermentent dans le cœur humain! Ce même homme que l’idée du moindre larcin ferait rougir, vole sans honte les revenus publics, et sa probité, à l’épreuve en tout autre cas, ne sent aucun remords des recettes fraudées à ses patrons. Cette action l’ennoblit à ses yeux, et rien ne lui semble plus digne de pitié qu’un confrère qui ne sait pas travailler.

Préférable aux autres genres, le fringant à son tour ne peut entrer en parallèle avec le conducteur Pur sang; celui-là est vraiment le modèle des conducteurs. Pourquoi faut-il que l’espèce en soit si rare!

Le conducteur pur sang n’est plus de la première jeunesse; vert encore, ses cheveux rares et grisonnants annoncent de longs et honorables services; son embonpoint prononcé, partage ordinaire des hommes de cheval et de voiture, loin de nuire à son extérieur, lui donne un certain aplomb qui lui sied à ravir. Joignez à cela l’accent allemand, la pipe d’écume ou de buis, complément indispensable de la tenue, d’ailleurs strictement conforme à l’ordonnance, et vous reconnaîtrez dans cet ensemble le chique du métier auquel, parmi tant d’aspirants, si peu d’élus peuvent atteindre.

Trois objets se partagent presque également le cœur du vrai conducteur: sa voiture, sa femme et son chien.