«Il fait le monsieur.» Une fois prononcé par les camarades, ce mot fatal vole rapidement sur la ligne que le fashion doit parcourir; il le précède au relais, à l’auberge, dans les bureaux, partout... et, soit envie, soit esprit de vengeance de la part de ceux qu’il y rencontre, le service n’est jamais plus mal fait qu’en sa présence. Car avant tout, dans notre métier de Messagiste, il faut prêcher d’exemple.

On a remarqué qu’aucun fashion n’avait encore pu blanchir sous la veste du conducteur. Six mois, un an au plus, suffisent pour le guérir de ses caprices voyageurs.

La jambe de laine et le fashion sont les deux plaies de toute entreprise de diligences.

Également riches en défauts et en qualités, la Bamboche et le Potin forment deux variétés du genre, d’une nature tout à fait opposée.

L’un est la gaieté personnifiée; l’autre, la tristesse incarnée. Que Démocrite et Héraclite reviennent en ce monde pour endosser la veste à brandebourgs, et le premier sera bamboche, le second potin.

La bamboche rit de tout, plaisante sans cesse. Actif et intelligent, il obtient par ses lazzis ce que le potin doit à son ton hargneux, à son air renfrogné. Idole des postillons qui l’on surnommé le bon enfant, il les grise à force de leur payer à boire et manque de verser, en blaguant sans relâche avec eux.

Son opposé ne dit mot et n’échappe que par miracle au même accident, le postillon, ayant, au risque de se casser le cou à lui-même, tourné court dans une descente, pour se venger d’un pourboire retenu à la course précédente.

L’un et l’autre manient bien la courroie et les guides; le métier leur est familier; le détail d’une voiture, parfaitement connu. Ils seraient sans reproche, si toujours disposé à se plaindre de tout et de tous, le potin ne soufflait parfois la cabale et si la bamboche ne le secondait par cela seul qu’il se promet de trouver du plaisir dans les troubles intérieurs qui en seront la suite; et puis, l’un est maussade avec les voyageurs; l’autre, trop jovial. C’est le potin qui, pour ne pas perdre la place qu’il s’est ménagée sur le pavillon, afin de dormir plus à l’aise, refuse, malgré les plus vives prières, de charger la boîte où repose le chapeau destiné à orner le front d’une jolie voyageuse; c’est la bamboche qui, bravant le règlement, s’assied avec hardiesse dans le coupé, sollicite et obtient parfois de la belle qui l’occupe seule, des arrhes que cette fois il négligera de porter sur feuille.

Tous deux sont également bien avec les employés du fisc et les agents de l’ordre public; celui-ci excite leur hilarité, et chacun sait que faire rire un gendarme, c’est le désarmer; celui-là, grâce à ses formes âpres, grâce à son extérieur de grognard, n’est pas même soupçonné; aussi avec eux rien de plus rare que les procès-verbaux, ou les amendes. L’état deviendrait pauvre, je vous assure, si le potin et la bamboche trônaient exclusivement sur le siége des voitures publiques.

Mais heureusement pour lui, le Flambant existe. Cette espèce, toujours en guerre avec les droits réunis dont, par instinct, elle réussit souvent à tromper les agents, est l’objet d’une surveillance particulière de leur part. Semblables à l’épervier qui mire l’hirondelle en planant sur sa tête, ils s’attachent à ses pas. ils épient ses moindres mouvements, mesurent sa marche des yeux et quand ils peuvent la saisir, comme ils l’étreignent avec joie, comme ils lui vendent cher sa liberté, cette liberté dont elle est si jalouse!