Celui-là se pare du caducée d’argent: la Générale est sa maîtresse; en se plaçant sous l’aile de Mercure, elle invoque tout à la fois le dieu des messagers et celui des commerçants, symbole ingénieux du secours réciproque que doivent se porter ces deux industries.

Ce troisième enfin obéit aux lois de la Française; nouvellement descendu dans la lice, il étale avec orgueil l’or et l’argent de sa double branche de chêne. Puisse-t-elle être pour lui le rameau d’or! «L’union fait la force:» telle est sa devise. Que Dieu et sa dame lui soient en aide!

Combien d’emblèmes encore faut-il renoncer à décrire! ici la corne d’abondance, là le rameau d’olivier, plus loin le chiffre entrelacé; partout de l’éclat, de la dorure partout.

Arrière, arrière, vous autres tous qui usurpez ce nom, conducteurs de coucous, de wagons, d’omnibus..., arrière! Parcourir, à l’aide d’une mauvaise carriole, un chemin de quelques heures à peine; regarder sans fatigue la vapeur dérouler ses mille anneaux de fumée; compter, le jour entier, les pavés boueux de notre Lutèce; Est-ce là les fonctions d’un véritable conducteur? Comme lui une fois assis sur votre siége, avez-vous à votre tour des voyageurs à commander, des relayeurs à menacer, des postillons à punir! Grand roi sur votre voiture, pouvez-vous comme lui vous exclamer: L’administration, c’est moi!.... Celui que vous parodiez se repose-t-il chaque soir dans un lit bien chaud? trouve-t-il, à l’heure dite, son repas qui l’attend? n’a-t-il à redouter comme vous ni le soleil brûlant des Landes, ni les glaces du Jura? Non sans doute; privations de tout genre, dangers de toute espèce, accidents de toute nature, voilà sa vie, sa vie de toutes les heures, de tous les instants.

Place, place au vrai conducteur!

Il existe dans cette nombreuse famille vouée au culte des grandes routes, différents genres bien tranchés, tous également faciles à reconnaître. Nous citerons les principaux; ce sont: la Jambe de laine, le Fashion, la Bamboche, le Potin, le Flambant, et enfin le Pur sang.

La Jambe de laine se reconnaît à son air gauche, à sa marche pesante, à sa tenue sans goût, rehaussée, en dépit de l’uniforme, d’un col de chemise d’une hauteur démesurée. Son accent est auvergnat ou flamand; à ses oreilles se balancent agréablement deux grandes boucles d’or; incapable, au moral comme au physique, de surveiller toutes les parties de son chargement, chaque voyage est pour lui le sujet d’une perte nouvelle. En route, le moindre accident apporte un retard considérable à sa marche; sans autorité sur les postillons qui rient de sa maladresse à escalader l’impériale, sans influence sur l’aubergiste qui, lorsque son jour est venu, fort de son impéritie à manier la plume et la parole, réchauffe à loisir et sans crainte de rapport, le dîner de la veille; chevaux, repas, rien n’est prêt, rien n’obéit à sa voix.

La jambe de laine peut à elle seule désorganiser le service le mieux monté, et, cependant, c’est un homme honnête, doux, économe, incapable de s’approprier un centime mal acquis. Aussi se plaint-il pour la première fois, lorsqu’enfin, dans son propre intérêt, on le force à se retirer, et n’est-ce le plus souvent qu’après avoir absorbé les 4 ou 5,000 fr. de cautionnement déposés par lui suivant l’usage, qu’il consent à retourner aux mottes et au charbon dont il n’aurait jamais dû se séparer.

Le Fashion est le Dandy, le Lion de la partie.

Jeune homme bien élevé, il s’est assis autrefois dans l’étude de l’avoué ou dans le comptoir du marchand de nouveautés. Quelques fredaines, le désir de voir le pays l’ont amené à changer d’état; mais il ne peut entièrement perdre ses premières habitudes. Son linge est toujours blanc, son uniforme du drap le plus fin, ses ongles soigneusement conservés. Le cambouis, l’huile de pied de bœuf sont pour lui des objets d’aversion. Sa parole est légèrement affectée; il aime à étaler son savoir aux yeux des voyageurs fatigués de sa familiarité; sa suffisance le fait haïr des directeurs de route et punir de ses chefs.