[Note 538: ] [(retour) ] 538: Fredég., cap. 13.

VIII.

ANNEE 593.

De la mort le roy Gontran, et comment les osts le roy Childebert
furent desconfis par le sens Frédégonde
.

[539]Après que le roy Gontran eut régné trente-trois ans et son royaume noblement gouverné, il laissa le règne transitoire et trespassa, comme on cuide, au règne perpétuel: car il fu homme bien morigéné, de bonne conscience et bon aumonier. En sépulture fu mis en l'abaie S. Marcel de lez Chaalons que il avoit fondée au bourg de la cité: moines y mist de l'ordre S. Benoit, le lieu enrichit de grans rentes et grans possessions. Un concile y fist assambler de quarante évesques pour l'Eglyse dédier, et pour confirmer le service que S. Avit et les autres évesques qui en son tems furent eurent jà confirmés en l'églyse S. Morisse de Gaunes, au tems le roy Segismont de Bourgoigne, qui fondée l'avoit. Ce mesme ordre et ces mesmes us de chanter et de lire estoient, devant ce, tenus en l'églyse S. Martin de Tours, et de là furent tenus et establis en l'abaie S. Vincent de Paris par monseigneur S. Germain, et puis après en l'églyse monseigneur S. Denis de France par le roy Dagobert qui l'églyse fonda, comme nous dirons ci-après. L'ordre est tel comme il est escrit en la riule, pas ne le volons ci deviser, pour ce que il ne tornast à charge et à anui à ceus qui n'ont pas mis leurs cuers en telles choses oïr[540]. Des bonnes coutumes du roy Gontran porroit-on assez dire: large aumonier fu vers les prélats et vers les ministres de sainte églyse, humble et dous vers ses propres gens, et de bonne volenté aus estrangers paisibles. Pour ce que il resplendi de telles vertus, maint estrangers magnefièrent son nom et sa loenge. Son royaume laissa au roy Childebert son neveu, comme il lui avoit promis.

[Note 539: ] [(retour) ] Aimoini lib. III, cap. 80.--Fredeg., cap. 14.

[Note 540: ] [(retour) ] Le détail de ces cérémonies est dans Aimoin.

[541]Moult fu le roy Childebert puissant, quant il fu en possession des deux royaumes. Lors se pourpensa comment il porroit vengier la mort son père et son oncle qui avoient esté occis par Frédégonde. Les osts de ses deux royaumes assambla, Wintrion et Gondoald fist capitaines, et leur commanda que ils entrassent au royaume que Frédégonde tenoit pour la raison de son fils Clotaire; que ils ardissent villes et prissent proies, et le peuple menassent en captivité. Atant se partirent de Champaigne la Rainsienne, en la contrée de Soissons s'embatirent, pour tout le païs gaster et destruire. Mais Frédégonde, qui tant sut de malice, se pourchaça d'autre part; elle manda tous les barons du royaume son fils, et Landri que le roy Gontran avoit fait devant tuteur et manbourg[542] son fils, pour ce que il es toit encore en enfance. Quant tous furent assamblés, elle les araisonna par telles paroles, l'enfant entre ses bras, qui encore suçoit les mameles[543]: «Seigneurs, nobles princes du royaume de France, vous ne devez pas avoir en despit vostre seigneur et vostre roy pour cela que il est petit; et ne devez pas le noble royaume de France souffrir estre gasté par ses ennemis ni les vostres. Or vous souviègne dont que vous me proumeistes que vous ne le despiseriez mie comme enfant, ains lui porteriez honneur comme roy. Et devez norrir l'amour que vous lui devez, en enfance, jusques à tant que il soit en droit age, et rendre mouteplicité[544] en lieu et en tems; que il ne soit pas vuide d'honneur, quant il la devra avoir. Et sachiez bien que je serai en si haut lieu que je surveillerai la bataille; tesmoin de ce que chacun fera pour mon fils, proesce ou mauvestié; et je guerredonnerai[545] à chacun pour mon fils tout ce que il fera.» Quant Frédégonde eut ainsi les barons admonnestés et rendus plus fervens et plus courageux à la bataille, elle leur dist au derrenier: «Seigneurs, ne vous espoventez pas de la multitude de vos ennemis, si vous vous combatez à eus front à front: car je ai pourpensé un barat parquoi vous aurez victoire, et eus honte et confusion. Je m'en irai devant, et vous me suivrez et ferez ce que vous verrez que Landri fera.»

[Note 541: ] [(retour) ] Aimoini lib. III, cap. 81.--Gesta Regum Francorum, cap. 36.

[Note 542: ] [(retour) ] Manbourg ou mainbourg. Protecteur, avoué.