[Note 543: ] [(retour) ] Cela ne peut être. Clotaire avoit alors neuf ans.
[Note 544: ] [(retour) ] Mouteplicité. C'est-a-dire, et en donner des preuves.
[Note 545: ] [(retour) ] Guerredonnerai. Récompenserai.
La sentence la royne plut à tous: elle chevaucha devant, le petit enfant entre ses bras, les batailles de chevaliers armés alloient après toutes ordenées. Quant la nuit fu venue, Landri le connestable les mena en une forest qui d'eux n'estoit pas loin; il coupa un ramel d'arbre long et foillu, au col de son cheval pendi un clarain[546] tel que l'on attache au cou de ces bestes qui vont en pastures ez boscages: à ses compaignons commanda que ils feissent tous ainsi. Ils descendirent communément, et firent tous comme il avoit fait; puis remontèrent sus les chevaus et chevauchièrent tous en telle manière jusques assez près des heberges de leurs ennemis. La royne Frédégonde alloit tout devant, le petit roy entre ses bras, jusques au lieu de la bataille. Pitié contraignoit les barons à ce qu'ils eussent compassion de l'enfant, qui d'estat de roy devenist chetif prisonnier, s'ils fussent vaincus. Ceus qui l'ost de leurs ennemis devoient escharguetier, virent ceus-ci venir ainsi atournés: bien matin estoit encore, et petit paroissoit il encore de clarté du jour. Celui qui le gait conduisoit demanda à l'un de ses compaignons que ce povoit estre: «Hier soir,» dist-il, «à la vesprée ne paroissoit là où je vois cette forest, nule rien, ni haies, ni buissons, ni brosses[547].» Lors respondi un de ses compains: «Encore routes-tu[548] la viande que tu mangeas hier soir; et n'es pas bien encore desenyvré du vin que tu beus: tu as tout oublié ce que tu feis hier. Dont ne vois-tu que ce est un bois? que nous avons trouvé pasture anuit à nos chevaus? dont n'entens tu les clarains et tympanes des bestes qui vont paissant parmi cette forest?» Car coustume estoit aus François, au tems de lors, et mesmement à ceus du païs dont ils estoient, que ils pendoient volentiers tels clarains au col de leurs chevaus, quant ils les chassoient ès pastures des forests, pour ce que ils ne se perdissent par le bois, et que on les trouvast par le son des tympanes. Tandis que ceus-ci parloient entr'eus en telle manière, les autres getèrent les rameaus que ils portoient: et ce qui premier sambloit bois à leurs ennemis leur aparut bataille des chevaliers armés de clères armes et resplandissans. Moult furent esbahis, quant ils virent leurs ennemis tous appareilliés de combatre: mais ceus-ci ne furent mie esbahis qui sur eus venoient. Les osts de leurs ennemis estoient en tel point que tous dormoient ou gisoient en leurs lits, las et travaillés de la journée que ils avoient faite le jour devant; et pas ne cuidoient que leurs ennemis les osassent assaillir en telle manière; ils se férirent ès herberges de plain eslan, assez en occirent et prirent, plusieurs en eschapèrent par fuite. Le duc et les grants seigneurs de l'ost montèrent sur leurs chevaus et eschapèrent à quelque paine. Landri qui chevetain estoit de l'ost Frédégonde enchasça Wintrion, mais prendre ne le put: car il estoit sur un isnel[549] cheval et tout désarmé. Ainsi eurent victoire de leurs ennemis par la malice et le sens la royne, et gaingnièrent les tentes et les despoilles de leurs ennemis: pas ne se tinrent à tant, ains entrèrent en Champaigne Rainsienne, les gens occirent et le païs robèrent; par nuit ardoient, tous ceux qui estoient convenables à bataille estoient occis: les autres estoient menés en servitude. Quant tout le païs eurent mis en tel point, Frédégonde et ses osts retornèrent à Soissons. Ces choses furent faites en Soissonnois en un lieu qui est apelé Treuc[550].
[Note 546: ] [(retour) ] Clarain. «Suspensumque tintinnabulum.» On voit que de là vient clarinette.
[Note 547: ] [(retour) ] Brosses. Taillis. D'où broussailles.
[Note 548: ] [(retour) ] Routes-tu. Digères-tu.
[Note 549: ] [(retour) ] Isnel. Rapide. De l'allemand snell.
[Note 550: ] [(retour) ] Treuc. Suivant Aimoin Truecum. Suivant l'auteur des Gestes des rois de France Truccium ou Trucciacum. Ce doit être, dans l'opinion, de l'abbé Lebeuf, Droissy, ou Droizy, village du diocèse de Soissons.