ANNEE 594.

Comment le roy Childebert envoia ses osts en Lombardie
pour le païs destruire
.

[551]Au secont an après que le roy Childebert eut receu le royaume de Bourgoigne, qui de par son oncle le roy Gontran lui estoit escheu, François et Bretons se combatirent ensemble: moult y eut grant occision d'une part et d'autre.

[Note 551: ] [(retour) ]: Aimoini lib. III, cap. 82.--Fredegaire, cap. 15.

En l'an qui après vint, aparurent au ciel plusieurs signes; l'estoile comète fu veue qui senefie mort de prince, comme aucuns le vuelent dire.

En cette mesme année l'ost le roy Childebert se combati contre les Auvergnas qui reveler[552] se voloient; ils les surmontèrent tant que ils les menèrent à souveraine desconfiture.

[Note 552: ] [(retour) ] Reveler. Révolter.

[553]En ce point retorna Grippe de Constantinoble, que le roy eut envoie en message à l'empereour Morice. Moult se loua au roy de l'honnour que l'on lui avoit fait, pour l'amour de lui: après lui dist que moult estoit courroucié des vilenies que ceus de Carthage lui avoient faites, quant il trespassoit par là, et que moult bien l'empereur l'en vengeroit à la volenté le roy. Le roy Childebert envoia vingt ducs en Lombardie, et grant et fort ost pour destruire et effacier de tout en tout la gent et le nom des Lombars. De tous ces ducs, Andoal, Olon et Cedine fuient les principaux et les plus renomés. Olon qui pas ne se garda sagement, fu féru sous la amelle d'un quarrel devant un chastel qu'il avoit assis, et estoit apelé Bilitais[554]: de ce coup cheut à terre et fu mort. Tout maintenant Andoal et six des autres ducs prirent une partie de leur gent; si alèrent assegier la cité de Millen. Là vinrent à eus les messages l'empereour, qui leur firent entendant que l'empereour leur envoioit son ost en aide et en secours, et que dedans trois jours seroit avec eus ajousté et seroient certains par ce signe de leur venue, quant ils verroient ardoir une ville sur une haute montagne, et la fumée monter vers le ciel. Mais quant ils eurent atendu six jours après, il ne virent pas ceus-ci venir de nule part, ni nul signe de leur venue. Cedine et les autres ducs tournèrent à la senestre partie de Lombardie: cinq chastiaus saisirent, les foys et les seremens en prirent du peuple, en la feauté le roy Childebert: puis passèrent avant au terroir d'une cité qui est nommée Tridente[555]; dix chastiaus prirent en cette marche, tous les habitans mirent en chetivoison. Ingène l'évesque de Savone et Agnelle évesque de Tridente prièrent et supplièrent aus François que ils espargnassent un chastel qui a nom Ferrage: par leur prière demoura la forteresse en estant[556]; mais ils levèrent de chascune personne raençon de douze deniers: de quoi la somme de deniers monta à six cents sols. Esté estoit lors, et la saison estoit chaude. Pour ce que ils n'avoient pas le païs apris, et pour la desatrempance[557] de l'air corut parmi l'ost une maladie qui est apelée disenterie. Trois mois tous plains avoient jà ostoié parmi la Lombardie, le roy de la terre alant quérants; mais trouver ne le purent: car il s'estoit mis en seureté en la cité de Tridente; et pour ce que cette maladie surprenoit tout l'ost si durement que ils ne povoient plus endurer, ils retornèrent au païs dont ils estoieut meus.

[Note 553: ] [(retour) ] P. Diacre, lib. III, cap. 15.

[Note 554: ] [(retour) ] Bilitais. Le vieux traducteur de P. Diacre, Foubert, traduit le mot Bilitionis par Billon.