[Note 53: ] [(retour) ]: La Dinoé, le Danube.
[54]En ce temps estoit Thierri un des plus grans princes du palais de l'empereour, fils avoit esté Théodore[55]: Celi Théodore fu né en une des parties de Grèce qui est apelée Macédoine et sa femme aussi qui estoit apelée Lilie: serjant avoit esté à un des nobles hommes du palais, qui avoit nom Ydaces. Thierri s'estoit si bien prouvé tous jours, que il estoit l'un des plus vaillans hommes de la cour l'empereour, par son sens et par sa prouèce: car aussi comme il seurmontoit les autres en grandeur de cors, tout aussi les seurmontoit-il en force et en hardiesce. Moult l'avoit l'empereour chier au temps de lors, et maint des sénateurs pour son sens et pour sa valeur l'honoraient. Quant les messages aus Romains furent devant l'empereour venus et il eut la cause de leur voie entendue, il leur livra Thierri et le fist patrice et deffendeur de toute Ytalie. Quant il fu là venu, et les Romains l'eurent recéu, il appareilla ses batailles et se combati contre Odoacre par plusieurs fois. Un jour que il se combati à lui, il fu desconfit lui et sa gent: tellement que il convint que il fuist. En ce qu'il s'enfuioit droit vers la cité de Ravenne, Lilie sa mère lui courut au devant et lui pria que il retournast à la bataille: mais quant elle vit que il refusoit et doutoit à retorner, elle lui dist: «Biau fils, croi moi, tu n'as forteresce, ni refuge où tu puisse fuir ni cacher toi, si je ne lève ma robe, et si tu ne rentres en la maison dont tu sortis quant tu fus né.» Quant le jouvencel oy ce, il fu tout enflammé et tout honteus des paroles de sa mère, y reprist cuer et hardement, et rassembla autant de sa gent comme il en put avoir; au champ de la bataille retorna sur ses ennemis, qui gisoient çà et là parmi le champ, comme ceus qui estoient asseurés pour la victoire qu'ils avoient eue. Une partie en occist, l'autre partie s'enfui, Odoacre prist et assez tost après, l'occist. Ainsi délivra les Romains et toute Ytalie de lui et de sa gent.
[Note 54: ] [(retour) ] Aimoini lib. I, cap. 10.
[Note 55: ] [(retour) ] Aimoin auroit dû, au lieu de Theodori, écrire Theodemiri, lequel fut en effet le père du grand Théodoric.
[56]Incidence. Lors advint en la cité de Thoulouse que un grant ruis[57] de sanc courut tout un jour en milieu de la cité. De ceste merveille furent ceus du païs esbahis, et dirent les plus sages que ce signifioit la perdition de la cité et l'accroissement de la seigneurie des François.
[Note 56: ] [(retour) ] Aimoini lib. 1, cap. 9.
[Note 57: ] [(retour) ] Ruis. Nous n'avons conservé que le diminutif de ce mot, ruisseau.