[Note 118: ] [(retour) ] Aimoini lib. II, cap. 4.
[Note 119: ] [(retour) ] S'avertit. Réfléchit, revint en lui-même.
[Note 120: ] [(retour) ] Grégoire de Tours et Aimoin nomment la villa où ce puits étoit situé Calumpnia ou Colomna. C'est aujourd'hui Coloumelle.
[Note 121: ] [(retour) ] Ce passage est la traduction bien obscure du texte suivant d'Aimoin: «in virtute solâ, remedium ponens salutis, convertit equum, seseque collegit in arma.» S'acesma. S'habilla.
II.
ANNEE 524.
Comment le roy Tierri fist mourir en prison l'apostole Jehan,
Simaque et le grant clerc Boesce.
[122]Incidence. En ce temps ala en Constantinoble li apostole Jehan: saint homme estoit et de bonne vie; la cure de sainte églyse gouverner eut prise après l'apostole Hormisde. A Justinien l'empereour l'envoia parler le roy Tierri d'Ytalie, duquel nous avons parlé plusieurs fois. Cet empereour Justinien qui estoit vrai cultiveur de la foi de l'Église de Rome et punisseur de ceus qui demouroient en hérésie, avoit enlevé les églises aus prestres qui estoient corrompus de celle hérésie, et les avoit donné à ceus qui gardoient la foi de l'Églyse de Rome, par le conseil et par l'amonestement de l'apostre Jehan: pour ce, l'eut là envoié ce roy Tierri, qui estoit corrompu aussi de tel vice. A l'empereour mandoit par lui que s'il ne rendoit les églyses aus Arriens, il occiroit le peuple d'Ytalie. Le saint homme qui estoit malade et faible, se mist en mer et arriva en Constantinoble. L'empereour ala encontre lui, et le reçut moult honourablement: grant joie firent de ce que ils avoient receu le souverain pastour de toute sainte Églyse. Quant il eut dit la cause de sa voie et obtenu ce que il demandoit, il lui assist la couronne sur le chef, comme vicaire de saint Pierre. Congié prist à l'empereour, puis s'en retourna en la cité de Ravenne. Le roy Tierri le mist en prison et ceus qui avec lui avoient esté, quant il oy dire que l'empereour l'avoit si honourablement receu. Si longuement l'i tint et tant l'i fist souffrir soif et faim et autre malaise, que le saint homme comme droit martir i rendi à Dieu son esprit. Les preudoms qui eurent avec lui esté, fit-il aussi martirs; les uns fist-il ardoir, les autres tourmenter de diverses paines, entre les quels il fist occire Simaque et Boesce. Ce Boesce fu le grant clerc qui translata la philosophie d'Aristote et des autres philosophes de grec en latin; et fu bon et vrai crestien, comme il appert à ses livres que il fist de la consubstancialité de la Sainte-Trinité l'art de dialectique, d'arithmétique, de géométrie et de musique, que il translata, moustrèrent bien sa grant clergie. Ne demoura pas après ce moult longuement que le roy Tierri reçut le loier de sa félonie: quatre vins et dix huit jours après ce que il fist les sains hommes martiriser, fu mort de mort soubite: l'ame de lui vit un saint homme solitaire qui habitoit en une ile de mer, qui est apelée Lipparis, en ce point que elle issi du cors, qui estoit mise et posée, ce lui sembloit, entre Simaque et saint Jehan l'Apostole qu'il avoit fait martiriser, comme vous avez oy; il vit que elle fu cravantée et plongtée en la chaudière boulante[123]. Ce lieu estoit assez près de l'ile où le solitaire demouroit; si est ainsi apelée pour ce que la mer est illuec aussi chaude que l'eaue qui bout en la chaudière. En tele manière fini le roy Tierri sa vie, qui avoit esté à son commencement plain de bonnes mœurs, et avoit donné chacun an aus Romains en aide et en secours cinq mil muis de blé. En la fin de sa vie perdi tout ce qu'il avoit fait devant, et changea les grâces que il avoit en vices. Il avoit épousé Audeflède la sœur de Clovis le roy de France: ses sœurs et ses filles avoit mariées aus princes qui à lui marchissoient[124]; nule nacion ni nule manière de gent n'estoient à Ytalie voisins, à qui il n'eut affinité.
[Note 122: ] [(retour) ] Aimoini lib. II, cap. 1.
[Note 123: ] [(retour) ] La chaudiere boulante. «In Vulcani ollam.» (Aimoin.)