Note 714: Aatisement. Instigation. «Dæmonis instinctu.»
Tout quanques ils trouvèrent dedens prisdrent et ravirent; l'églyse du glorieux apostre destruisirent, dont ce fu grant douleur; textes[715] d'or et tables d'argent, croix, encensiers et autres ornemens ravirent. Dedens l'églyse meisme hébergeoient leurs chevaux, et faisoient leurs ordures de lès le mestre-autel de léans.
Note 715: Textes. Couvertures.
De ce se courrouça nostre Seigneur et les punit, en telle manière que tous ceulx qui ce faisoient estoient si esmeus dedens le corps, qu'ils mettoient hors, par dessoubs, les boiaulx et les entrailles[716]. Les autres perdoient les yeulx et s'en aloient parmi l'églyse une heure çà et l'autre là, comme ceulx qui goute ne véoient. L'aumacour qui maistre estoit d'eulx perdit la veue du tout; mais toutes voies il la recouvra par le conseil d'un des prestres de léans que il avoit pris. Cil luy loua[717] qu'il appellast l'aide nostre Seigneur. Lors commença le Sarrasin à haulte voix: «O Dieu des Crestiens! Dieu de Jacques, Dieu de Marie, Dieu de Pierre, Dieu de Martin, Dieu de tous Crestiens, sé tu me veulx rendre les yeulx et donner santé de ma vie ainsi comme devant, je renoierai Mahommet mon Dieu, et ne revendray plus à la terre de Jacques, ton grant homme, pour mal faire. O tu! Jacques, grant homme et grant sire, sé tu me veulx donner santé de mes yeulx et de mon ventre, je te rendrai quanques j'ai pris en ta maison.»
Note 716: «Fluxu sanguinis intestinorum interibant.»
Note 717: Loua. Conseilla.
Quinze jours après ce qu'il eut tout rendu à double, et restabli quanqu'il avoit tollu à l'églyse, il recouvra santé des yeulx et du ventre. De la contrée Saint-Jacques se départit, et promist que jamais en ces parties ne retourneroit pour rober né pour mal faire; et bien recognoissoit et preschoit que le Dieu des Crestiens estoit puissant, et Jacques son disciple grant homme.
Ainsi se départit et s'en ala parmi Espaigne, le païs gastant. A une cité vint qui avoit nom Cornus[718]. En celle cité estoit une églyse moult noblement fondée en l'onneur de saint Romain. Si estoit moult bien garnie de livres, de croix, d'argent, et de textes d'or. L'aumacour, qui pas n'avoit oublié sa cruaulté, vint et ravit quanqu'il avoit dedens celle églyse. La cité mist tout à gast et à destruction. Si advint, quant il fu hesbergié, que un de ses princes et des menistres de son ost entra en l'églyse Saint-Romain. Comme il regardoit çà et là, si vit trop belles coulombes de pierres qui soustenoient la couverture de l'églyse, et estoient sur argentées et dorées par amont[719]; et le Sarrasin, qui fu plain de félonnie et d'envie, prist un gros coing de fer, et commença à férir d'un maillet à merveilleux coups, en une creveure qui estoit en la coulombe ainsi comme une jointure, et le faisoit en entencion de l'églyse trébuchier. Mais nostre Seigneur luy monstra bien qu'il s'en courrouçoit, car il fu maintenant mué en pierre naturelle; et celle propre est encore en l'églyse, en semblance de homme. Si a toute couleur, en robes et en visage, comme le Sarrasin portoit à l'eure qu'il fu mué. Et soulent racompter les pélerins qui là vont que celle image de celluy Sarrasin rend pueur très-grant.
Note 718: Cornus. Le texte de N. D. porte Ornix. «Ad villam quæ dicitur Ornix.» Peut-être Orense.
Note 719: Par amont. Par le haut. «In summitate.»