Note 807: Loerent. Conseillèrent.
VII.
ANNEE: 814.
Coment le père manda le fils, et puis s'en retourna. De la mort Charlemaines, et coment les barons mandèrent te roy Loys après le décès de son père; coment il le fit ensepoulturer, et coment il rendi son testament. Puis parle moult d'autres diverses choses.
Entre ces choses, le père, qui sentoit bien que il afleboioit et qu'il approuchoit de la fin de son aage, se doubtoit moult que le royaume qui en si hault estat et si noblement ordonné estoit ne venist à confusion après sa mort, et que il ne feust troublé par estranges guerres ou par les dissensions des princes meismes du royaume. Pour ce manda son fils qu'il venist à luy. A grant joie le receut et le retint avec luy tout cel esté.
Tandis comme il demoura avec luy, l'enseigna-il de ce qu'il sentoit qu'il n'estoit pas souffisamment introduit. C'est assavoir coment il devoit vivre et régner, et son royaume tenir et gouverner. Après se départit de luy et retourna en Acquitaine. Le père, qui jà aprouchoit de sa fin, commença à afleboier moult durement, et luy prindrent aucunes maladies qui luy nunçoient sa fin. Au derrenier accoucha du tout au lit; et en pou de jours après ce qu'il eut ordonné son testament, il trespassa à la joie de paradis.
De laquelle mort demoura le royaume de France plein de douleur et de tristesse; mais la vérité de l'Escripture fu esprouvée en celluy qui après vint; qui[808] dist ainsi pour reconforter les cuers de ceulx qui de tels mors sont dolens: «Mors est l'homme droiturier. Et si est ainsi comme s'il ne feust pas mort, car il nous laisse hoir à luy semblable.» En la quinziesme[809] kalende de février trespassa le glorieux empereur, en l'an de l'Incarnacion huit cens et quatorze. De son trespassement et de sa sépulture n'est pas maintenant mestier de reprendre ce que nous avons dit en ses fais. En ce temps, ainsi comme entour la Purification Nostre-Dame, tenoit l'empereur Loys parlement des barons en un lieu qui a nom Thédats[810]. Les barons palazins[811] et les autres princes qui furent à son trespassement envoyèrent à luy tantost un message qui avoit nom Ramps, pour luy dénuncier la mort de son père, et luy mandèrent qu'il venist là au plus tost qu'il pourroit. Par Orléans s'en ala le message. Théodulphe, l'évesque de la cité, qui moult estoit sage homme, s'apperceut bien pourquoy il estoit envoyé. Tantost manda à l'empereur par un autre message se il vouloit qu'il alast contre luy ou qu'il l'attendist en la cité; et l'empereur luy remanda qu'il vouloit qu'il alast à luy. Ne demoura puis longuement que le second message vint, et puis le tiers; et le cinquiesme jour après que les messages furent venus, mut l'empereur à moult grant gent; car l'en se doubtoit que Walla, qui au temps son père estoit le souverain du palais, n'appareillast aucun mal et aucune conspiracion contre l'empereur; mais il ne le fist ainsi, ains vint à luy tantost, et obéyt à luy comme à son droit seigneur, selon la coustume de France[812]. A l'exemple de luy firent tous les autres barons; si luy vindrent à l'encontre à grans tourbes, et luy firent obédience et hommage comme à leur droit seigneur.
Note 808: Qui. Laquelle Escripture Sainte. Ecclesiaste, 34.
Note 809: Quinziesme. Il falloit la quinte.
Note 810: Thedats. Theothuadum. C'est Doué.