ANNEES: 820/822.
Coment son frère Pepin ostoia sur les Gascons, et coment le duc Bourna sivit Leudevit par l'empire. Coment les Normans vindrent en Acquitaine, et coment l'empereur pardona son mautalent à tous ceulx qui traï l'avoient, et puis coment il mit la pais entre ceulx qui se descordoient.
Entre ces choses et en celle année meisme, avint en Acquitaine que les Gascons, qui par nature sont discordables et de legier esmouvement, se rebellèrent contre l'empereur; mais il envoia Pepin, son fils, qui en pou de temps les chastia, si que nul ne fu si hardi qui s'osast troubler contre l'empereur.
Après ces choses, se partit de sa gent et s'en alla à petite compaignie chacier en la forest d'Ardenne. Et quant le temps d'iver fu repairé, il se retrait vers Ais-la-Chapelle. Là repairèrent à court le peuple et les barons si comme ils souloient.
[862]A court vint le duc Bourna, et se complaignit à l'empereur des griefs et des dommages que Leudevit luy faisoit. Et l'empereur luy livra aide et gent par quoi il peust celluy grever et sa terre mettre en destruction. En trois parties se devisèrent. Et quant ce vint vers le printemps, ils entrèrent en la terre Leudevit et la dégastèrent presque toute; mais Leudevit n'en vint onques à eulx à parlement né à bataille, ains se tint tousjours en un chastel qui moult estoit fort et haut.
Note 862: Vita Ludovici Pii.—XXXIII.
Quant Bourna et la gent à l'empereur s'en furent repairés, ceulx de la cité de Charente[863] et mains autres qui avoient esté de la partie Leudevit, se rendirent au duc Baudri qui de par l'empereur estoit duc d'Acquilée.
Note 863: Ceulx de la cité de Charente. Le latin porte:
«Carniolensos et quidam Carentanorum.» Aujourd'hui les peuples de la
Carniole et de la Carinthie.
Une chose advint là en ce point, que Sanilla appella de traïson Bera, le comte de Barcinone. A cheval se combatirent selon leur coustume et selon leur loy[864], car l'un et l'autre estoient Gotiens; mais à la parfin fu vaincu Bera et deust avoir perdu le chief selon les lois: si trouva-il si très-grant débonnaireté en l'empereur, qu'il n'en porta autre paine fors qu'il fu envoie en essil à Rouen, à la volenté et au rappel l'empereur.
Note 864: Ni les lois écrites des Goths, ni la loi romaine qui étoit celle de plus grand nombre des Aquitains, n'admettoient les combats judiciaires; mais l'usage de ces combats prévaloit, surtout chez les Goths. L'astronome limousin confond donc ici cet usage, qui avoit plus de force que la loi, avec la loi même.