Entre ces choses vindrent nouvelles à l'empereur, à court, de treize nefs et de plusieurs galios plains de robeurs qui s'estoient parties de Normandie[865] et s'adréçoient vers France, pour le païs gaster. Lors fu commandé que tous les pors de Flandres et de Neustrie (qui ores est nommée Normandie) feussent bien gardés et deffendus; par espécial l'entrée de Seine là où elle chiet en mer: lors furent bien deffendus. A donc Normans s'espendirent par la mer et vindrent en Acquitaine. Les pors trouvèrent sans défense. Pour ce, entrèrent légièremént en la terre, et quant ils orent gasté le païs[866], ils retournèrent en leurs contrées.

Note 865: De Normandie. «A Northemannæ sedibus mare conscendisse.»

Note 866: Le latin dit: «El vastato vico cujus vocabulum Buin.» Les annales d'Eginhard nomment le même lieu Bundium, et les annales de Saint-Bertin Burnad. Hadrien Valois pense que cette dernière leçon est la meilleure, et qu'il faut reconnoître ici Born, ou Saint-Pol de Born, en Languedoc.

[867]En ceste saison yverna l'empereur à Ais-la-Chapelle, et là fist parlement au mois de febvrier. De là furent envoiées trois légions pour gasler la terre Leudevit, le prince de Pannonie. Les aliances qui avoient esté fermées à Abulas, un roi de Sarrasins, furent rompues, pour ce qu'elles ne sembloient pas loyaulx né profitables, et fu bataille mandée et criée contre les Sarrasins.

Note 867: Vita Ludovici Pii.—XXXIV.

Quant ce vint vers les kalendes de may, l'empereur assembla parlement vers la cité de Noion[868]. Là fist réciter tout de nouvel, devant les barons, tels partis[869] comme il avoit fais à ses fils, et les fist confirmer par les seaulx de tous les princes qui furent présens. A ce concile vindrent les messages l'apostole Pascase, lesquels avoient à nom Léon, le donneur de noms, et Pierre, évesque de Cencelles; si comme il dut les honnoura, et puis les oï et les congéa. De Noion se partit, et s'en ala pour yverner à Ais-la-Chapelle. Mais ainçois qu'il venist là, il s'en ala par Remiremont et par les plains et forests de Vosges; si fu jà passé tout l'esté et la moitié de septembre ayant qu'il venist à Ais.

Note 868: Noyon. «Noviomagus.» C'est plutôt Nimègue, dont le nom latin est le même.

Note 869: Partis. Partages.

En ce temps mourut cil Bourna dont l'istoire a là devant parlé. En son lieu mist l'empereur Landas[870]. En ce point vint à court un messagier qui apporta nouvelles de la mort Léon, l'empereur de Constantinoble, et du couronnement Michiel. Au mois d'octobre qui après fu, tint l'empereur parlement à Théodone[871]. Là meisme fist espouser à Lothaire, son ainsné fils, Hermengart la fille le conte Huon. A celles espousailles furent présens les messages l'apostole, Théodoire et Floriens. De par l'apostole présentèrent dons de diverses manières; et combien que l'empereur feust tousjours de merveilleuse débonnaireté et piteux et miséricors vers toutes gens, si le montra-il plus encore à ce parlement; car il rappella d'essil ceulx qui estoient traiteurs et qui estoient convaincus de traïson et de conspiracion encontre luy. Et ne leur donna pas tant seulement la vie et les membres qu'ils devoient perdre par jugement selon les lois, ains leur rendit entièrement leurs terres et leurs possessions. Aalard, abbé de Saint-Pierre de Corbie, qui estoit ainsi comme en essil au moustier Saint-Philebert, rappella en son églyse et en son office. Et Bernard, un sien frère, qui ainsi restoit au moustier Saint-Benoist, rappela et envoia en son propre lieu. Ces choses ainsi faites, il envoia son fils Lothaire pour yverner en Dalmacie, et il retourna à Ais-la-Chapelle.

Note 870: Landus. «Nepotem suum, nomine Ladasdeum.»