En tour la feste Saint-Martin fist l'empereur querre Pepin son fils, et luy manda qu'il venist à luy. Et cil se defuioit, et pas ne vouloit aler en Acquitaine, jusques à tant que son père s'en feust parti. Retourner s'en vouloit en France l'empereur, mais l'yver commença si fort et si aspre comme l'on n'avoit veu long-temps devant. Premièrement commença par plouages, et après fu la terre molle et destrempée. Et puis gela si très-fortement que nul n'estoit qui peust aler à cheval. D'Acquitaine se partit, et vint à une ville qui a nom Reste[932]. Le flun de Loire trespassa et s'en vint yverner en France. [933]Mais trop fu travaillé et luy et sa gent des griefs qu'ils souffrirent en celle voie.
Note 932: Reste. Aujourd'hui Rest, sur la Loire, à peu de distance de Mont-Soreau.
Note 933: Mais trop fu travaillé, etc. Le latin porte: «Quod et fecit, sed minùs honestè quàm decuit.» C'est-à-dire, avec moins de dignité qu'il ne convenoit à son rang.
XVIII.
ANNEE: 833.
Coment tout le peuple se tourna devers ses fils, et de la déception l'apostole. Coment ses fils le prindrent luy et sa femme et Charlot son petit fils. Coment ils despartirent le royaume; de la complainte que il fait de ses fils; puis coment il gaba le serjant qui le gardoit à Saint-Maard de Soissons.
[934]L'ennemi contraire à tout bien et à toute paix ne cessoit, chascun jour, de troubler la sainte pensée de l'empereur par ses menistres, qui firent entendant à ses fils qu'il les vouloit trahir et déshériter. Si ne regardoient mie à ce qu'il estoit si débonnaire et si humain à toutes gens, neis[935] à ceulx qui avoient sa mort jurée, comme luy-meisme savoit bien; coment donc pouvoit ce estre qu'il feist cruaulté né traïson vers ses enfans? Mais pour ce que mauvaises parolles corrumpent bonnes meurs, et la goute d'eaue qui chéit continuellement cave la pierre dure, il advint aussi que les menistres du diable pourchacièrent tant qu'ils assemblèrent tous ses fils à tant comme ils purent avoir de gens, chascun endroit soy. Et l'apostole Grégoire firent aussi venir par malice sous la couleur de pitié, ainsi comme pour mettre paix, sé il peust, entre l'empereur et ses enfans. Mais la vérité fu après apperceue. D'autre part vint l'empereur à Garmaise à grant ost. Là demoura grant pièce pour luy conseiller et aviser qu'il feroit. A la parfin, envoia à ses fils l'évesque Bernart[936] et autres messages, et leur mandoit qu'ils venissent à luy comme fils devoient venir à père.
Note 934: Vita Ludov. Pii.—XLVIII.
Note 935: Neis. Même.
Note 936: Bernart, évêque de Worms, ou Garmaise.