A ce parlement revint Berart, qui pour la paour des traiteurs s'en estoit fouy en Espaigne. A l'empereur vint et luy dist qu'il estoit tout prest de soi purgier et demoustrer, par son corps et par ses armes, selon la coustume de France, qu'il n'avoit coulpe au cas que l'en lui avoit mis sus; et sé nul estoit qui de ce le vousist accuser, qu'il l'accusast; mais il ne put estre trouvé. Et pour ce que parolle et fumée eut de ce esté, il se purgea par serement.
A son fils Pepin eut l'empereur commandé qu'il feust à ce parlement, mais il ne vint à court jusques à tant que il feust failli: dont l'empereur fu courroucié, et pour ce qu'il le volloit chastoier et reprendre de ceste inobédience, et d'aucunes autres mauvaises meurs qui en luy estoient, luy commanda-il qu'il demourast avec luy; jusques à la Nativité le tint. Mais luy, qui pas n'y demouroit volentiers, s'en partit sans le sceu du père et s'en alla en Acquitaine: et l'empereur demoura tout cel yver à Ais-la-Chapelle.
[926]Vers la nouvelle saison vindrent nouvelles à court et fu compté à l'empereur qu'aucuns esmouvemens de guerre estaient sours en Bavière. Tantost s'appareilla et vint jusques à Hausbourt, et assez tost après estaint tout et appaisa tout le païs[927]. En France retourna et tint un parlement en la cité d'Orlians. A son fils Pepin manda qu'il feust là à l'encontré de luy, et cil y vint: toutes voies ce fu contre sa volenté. Lors s'apperceut l'empereur qu'il estoit desvoié de bien faire et corrompu d'aucuns mauvais hommes, et meismenient par Berart, qui en Acquitaine demouroit, et par qui conseil il ouvroit au temps de lors. Pour savoir de ceste chose trespassa Loire l'empereur, et vint à Joquegny en son palais, qui est en Limosin[928]. La cause de Berart fu enquise et débatue. Accusé fu de desloyauté, mais l'accuseur se tira arrière, né ne voult aler avant en la besoigne, jusques au gage de bataille. Toutes voies pour ce que l'en avoit de luy souspecon et grant présumpcion, fu-il osté de son estat et de l'onneur où il estoit. Et l'empereur envoia Pepin à Trèves en prison, pour le chastier de ses mauvaises meurs. Quant il fu là mené, ceulx qui garder le devoient luy firent si grant laschée, ou appenséement[929] ou par négligence, qu'il s'en eschapa par nuit. Par le païs s'en ala celle part où il voult. Si ne retourna pas en Acquitaine, jusques à tant qu'il[930] s'en fu parti.
Note 926: Vita Ludov. Pii.—XLVII.
Note 927: Estaint tout, etc. Le latin dit plus simplement:
«Insurgentia sedavit.» Hausbourt. Variantes: Heresbourc.
Note 928: Joquegny. «Ad Jocundiacum palatium venit, in territorio
Lemovico situm.» C'est aujourd'hui Joac suivant Don Germain, IVème
livre De re dipptomaticâ.
Note 929: Ou appenséement, ou avec méditation. Cette phrase répond
à ces mots latins: «Cùm indulgentiùs haberetur.»
Note 930: Qu'il. Que l'empereur.
En ce point voult mettre l'empereur bonnes et devises[931] entre le royaume Lothaire et le royaume Charlot, son mainsné fils; mais sa besoigne ne fu pas parfaite pour aucuns empeschemens dont nous parlerons ci-après.
Note 931: Bonnes et devises. Bornes et séparations.