[246]La sixième de ses batailles fu contre les Baviers. Celle fu tost commencée et tost achevée. L'orgueil et la discorde[247] du duc Thassille fut cause de cette guerre, et ce fist-il par l'ennortement de sa femme qui estoit fille du roi de Pavie Desier que le roy avoit envoyé en essil. Ainsi cuidoit venger son père par son mari. Et pourcequ'il savoit bien qu'il ne suffisoit mie à guerroier à si puissant, il fist alliance à une manière de gens qui sont appellés Huns. Le roy vint contre luy à grand ost, mais le duc vint à lu y à merci quand il vit qu'il ne pourroit durer. Tels ostages livra comme le roy demanda: entre les autres un sien fils qui avoit nom Theodones. Là jura le duc que jamais contre luy ne seroit, pour nulle chose que l'en luy sceust dire.
Note 246: Tous les manuscrits continuent ce titre de la manière suivante: Et comment il escrut et mouteplia en son temps, et de l'amour que li roys paiens avoient en lui, et de l'onneur que il li portoient en leurs lettres, et des grans présens que il li faisoient en son temps. Mais on ne trouve rien de toute cette partie du texte d'Eginhard, dans le cours du chapitre. Les réviseurs de la traduction l'auront supprimé parce qu'on revoit les mêmes détails dans le troisième livre.
Note 247: Eginh. vita. C. M.—XI.—La discorde. Latin: Socordia. C'est plutôt: La lâche trahison.
En cette manière fu cette guerre fenie briefment, que l'en cuidoit que longuement deust durer. Le roy manda le duc en pou de temps après, né puis ne le laissa arrière retourner. Cette duchée de Bavière né fu puis tenue par duc, ains fu gouvernée par conte. Avant que le roy retournast de cette voie, il mist bones et devises par le cours d'une eaue entre les Baviers et les Alemans[248].
Note 248 Cette dernière phrase est ajoutée d'après celle-ci de la chronique de Sigebert: «A° DCCLXXXIX, Karolus Coloniæ super Rhenum pontes duos construxit et muniit.»—Bones et devises; bornes et séparations.
[249]La septième bataille que il emprist fu vers les Esclavons. En cel ost furent les Saisnes en l'aide du roy, avec les autres nations qui à luy obéissoient, jà soit ce qu'ils ne le féissent pas de bonne volonté. Car ils le faisoient plus par crainte que par amour. La raison pour quoi le roy emprist cette guerre contre les Esclavons fu pourcequ'ils grevoient les Abrodiciens[250] qui aux François s'estoient aliés long-temps devant; pour ce sembloit au roy qu'il fust tenu à leur aider contre leurs ennemis, et si en estoit encore plus esmeu, pource qu'ils ne vouloient cesser à son mandement.
Note 249: Eginh. vita. C. M.—XII.
Note 250: Abrodiciens. Les Abodrites, ou Obotrites, avoient pour ville principale Mecklenbourg.
En ces parties couroit un bras de mer qui vient de la grant mer d'Occident et court droit vers Orient; si est si long que nul n'est certain de sa longueur. En aucuns lieux à cent milles de large, en aucuns mains[251]. Sur ce bras de mer habitent moult de manières de gens, Thamsiens, Soionois[252], que nous appellons Normans. Ceulx tiennent le rivage et les isles, par devers Septentrion; ceulx de par deçà tiennent les Esclavons et les Haistes. De toutes ces manières de gens sont plus nobles et plus puissans les Esclavons ausquels le roy appareilloit bataille; contreulx se combatit et les chastia si et dompta à sa première venue qu'ils n'osèrent plus rien faire contre sa volonté.
Note 251: Les pas d'Eginhard sont ici assez mal traduits. «Longitudinis quidem incompertæ, latitudinis verò quæ nusquàm centum millia passuum excedat, cùm in multis locis contractior inveniatur.» La plupart des leçons portent même cent mille lieues de large, et Dom Bouquet a suivi ce mauvais texte. Au reste, la mer Baltique a plusieurs fois, comme on sait, une largeur de deux cent mille pas.