Note 259: Leur prince. Eginhard et les autres historiens le nomment ailleurs Godefroi, ou Joffroi. Ce fut le père d'Ogier le Danois, le fameux héros de roman.
IV.
ANNEES: 769/774.
Coment les deus frères partirent le royaume, et des premières batailles que le roy Charles fist en Acquitaine, et coment le roy Desier de Pavie fit pris et envoié en esil, et du privilége que l'apostole Adrien donna à la couronne de France.
Jusques cy, avons parlé briefment de ses victoires: ci parlerons plus plainement de chacune, par ordre, et comment il vint à terre tenir après la mort son père. [260]Après le décès du roy Pepin, ses deux fils Charles et Charlemaines départirent le royaume par l'accort des barons, et régna chascun en sa partie. Charles estoit ainsné et fut couronné en la cité de Loon, et Charlemaines le mainsné, en la cité de Soissons. Après son couronnement s'en ala Charlemaines à Ais-la-Chapelle; là, célébra la solennité de la Nativité, et celle de la Résurrection en la cité de Rouen. (Appelé fu en son prénom Charles, et après Charlemaines, par ses merveilleuax fais. Car Charlemaines vault autant à dire comme Charles-le-Grant[261].) La province d'Acquitaine qui en la partie Charlemaines estoit venue ne put demourer en paix, pour aucuns remanens de la guerre qui devant y eut esté, et que le roy Pepin n'avoit pas encore bien achevée au jour qu'il trespassa. Car le duc Hunaut[262], qui béoit à avoir le royaume, esmut les grans et les puissans hommes de la terre[263] à commencier guerre contre le nouveau roy, et le roy assembla ses osts et s'esmut contre luy moult efforciement. Auparavant il manda son frère le roy Charlemaines au parlement, et luy requist qu'il luy aidast. Il ne luy voult aider pourceque ses barons lui desloèrent[264]. En son royaume demoura, et cil ostoia contre ses ennemis tout droit vers la cité d'Angoulesme. Le duc chacia et s'en faillit bien petit qu'il ne fut prins. Mais il se garantit par les destroits et par les forteresces des lieux qu'il cognoissoit, où l'en ne pouvoit pas légièrement né seurement entrer. A la parfin guerpi tout le païs et s'en fouyt au duc Lup de Gascongne; en sa garde se mist et lui requist qu'il le garentist. Mais le roy Charles, quant il sceut qu'il s'en fut fouy, manda au duc qu'il luy rendist son traiteur et son fuitif; et sé il ne faisoit ce, il pouvoit estre certain qu'il entreroit en Gascongne à tout son ost et ne s'en partiroit, devant ce qu'il fust de luy vengié. Le duc Lup, qui forment se douta du roy, luy envoia le duc Hunaut, sa femme et ses enfans, et luy manda qu'il estoit tout prest d'obéir à luy et d'accomplir tous ses commandemens. Le roy atendi les messages au lieu meisme dont il estoit meu, et il fonda tandis un chastel qui a nom Frontenoy[265], sur la rivière de Dordonne.
Note 260: Ici notre traducteur va laisser Eginhard le biographe pour reprendra la suite des Annales attribuées au même auteur. Voyez ci-dessus le dernier alinéa du cinquième livre.
Note 261: Cette phrase est le fait du traducteur.
Note 262: Le duc Hunaut. «Hunoltus quidam, regnum affectans.»
Note 263: Les grans et les puissant hommes de la terre. Le traducteur semble avoir lu Procerum animos, et non pas Provincialium animos, comme le portent les éditions imprimées des Annales. Il me sembla que la première leçon seroit plus naturelle.
Note 264 Lui desloèrent. L'en dissuadèrent.