Note 300: La fin de cet alinéa est plutôt traduit des Annales Francorum dites Loiseliani, du nom du savant qui en fournit le premier manuscrit connu. (Voy. Dom Bouquet, tom. V, p. 39.) —Lippie, la Lippe.

Après ces nouvelles le roy assembla parlement de sa gent en la cité de Garmacie, et ordonna comment il pourroit plus hastivement entrer en Sassoigne. Ses osts assembla et vint là où il béoit à aler si soudainement qu'il deffit et dérompit tout le propos de ses ennemis, et l'appareillement par quoi ils luy cuidoient contrester; car quant il fu venu à la fontaine de Lippie il trouva grant multitude de celle généracion qui moult estoit humbles et dévots par semblant et dolens de ce qu'ils avoient vers luy mespris: merci lui crièrent et promistrent qu'ils recevroient le saint baptesme et la foy crestienne. Le roy qui fut miséricors et débonnaire, leur pardonna. Tous ceulx qui le baptesme requistrent fist baptisier; et quant il eut leurs fausses promesses oïes, et leurs seremens et tels ostages comme il demanda reçeus, puis retourna en France. La solennité de Noël et de Pasques célébra en une cité qui a nom Haristalle. Mais avant qu'il se partist de Sassoigne restaura le chastel de Hereboure que les Saisnes avoient abatu, et un autre en fonda sur le fleuve de Lippie, et laissa dedans grant garnison de la gent françoise.

VI.

ANNEES: 777/780.

Coment il vint de rechief en Sassoigne pour les Saisnes humelier. Après coment il ostoia en Espaigne, par l'enortement d'un prince sarrasin. Et coment il prist Pampelune et maintes autres cités. Et d'un poi de meschief qui lui advint au retour. Et coment les Saisnes furent occis par les François orientaux, et coment il alla de rechief en Sassoigne.

[301]Quant le printemps fu retourné et la saison fu renouvellée, le roy assembla parlement de ses barons et du peuple après la feste de la Résurrection, pour ostoier en Sassoigne. Car il n'avoit point de fiance au serement né ès promesses de la desloiale gent du païs. Quant il fu là venu, il trouva les plus grans et les plus anciens du païs humbles et obéissans par semblant. Mais ils avoient autre chose au cuer qu'ils ne monstroient par dehors. Tous vindrent à luy, fors Guiteclin de Sassoigne[302]. Cil estoit un des princes des Ostfalois. Au roy n'osoit venir pource qu'il se sentoit coupable et meffait en moult de cas. Ainsi s'enfouyt à Sigefroy le roy de Danemarche.

Note 301: Eginh. Annal. A° 777.

Note 302: Guiteclin de Sassoigne. Ce héros des Saxons est aussi devenu celui d'une chanson de geste, célèbre au treizième siècle, et dont je connois trois copies: l'une à la bibliothèque du Roi, l'autre à celle de l'Arsenal, la troisième appartenant à M. Léon de la Cabane. Cette dernière est la plus complète.

Tous ceulx qui là vindrent au roy luy requistrent merci et miséricorde, par telle condition que s'ils brisoient plus ses estatus et ses commandemens qu'ils perdissent leurs franchises et feussent tous jours de serve condition. Une partie en fit le roy baptisier qui requeroient baptesme plus pour acquérir la grâce du roy qu'ils ne faisoient pour le salut de leur âme; car ils le monstrèrent bien après. Là vint meisme au roy un Sarrasin espaignol, Ybna L'arrabi[303] estoit appellé; aucuns de sa gent avec luy amena. Au roy rendit soy-meisme et toutes les cités que le roy d'Espaigne lui avoit baillées à garder. A tant retourna le roy en France, et célébra la Nativité en une ville qui a nom Dousy[304], et celle de la Résurrection en une ville qui a nom Cassinolle, un fort chastel qui siet en Poitou. La royne Hildegarde si acoucha là d'un fils qui eut nom Loys[305]. [306]Lors esmut le roy ses osts par l'ammonestement Ybna, le devant dit Sarrasin, en espérance de prendre aucunes cités en Espaigne; si ne conceut pas ce propos pour néant. Car il en prist aucunes; en Gascongne entra, et quant il dut les mons trespasser, il assist et prist une ville de Navarre qui a nom Pampelune. Le fleuve de l'Iberis[307] trespassa et s'en ala droit en Sarragoce qui est la plus noble cité qui soit en ces parties; la ville prist, le païs gasta, et puis retourna en Pampelune. Les murs en fit craventer jusques en terre, pour ce que plus ne se peussent rebeller. Lors prist à retourner en France; en une forest entra qui siet sur les mons de Pirene[308]; au plus haut lieu des montaignes avoient les Gascons basti un embuschement. Quant l'ost fut auques trespassé, ils se férirent oultrement en l'arrière-garde. Tous furent estourmis, et tout l'ost rempli de très-grande noise et tumulte. Et jà soit ce que les François valent mieulx sans comparaison que les Gascons et en force et en hardiesce, toutes voies furent-ils desconfis là, et meismement pour ce qu'ils estoient despourvus, et pour les fors destrois du païs où ils se combatoient.

Note 303: Ybna l'arrabi. L'annaliste écrit: Ibina la rabi. Il falloit: Ebn-Alarabi (voyez M. Reinaut, Invasions des Sarrasins en France, p. 94).