Note 551: Avant cette phrase est encore une tirade double de la première, qui est présentée comme le texte original de la traduction latine que l'on fait suivre. Il faut encore remarquer que la lettre du patriarche et celle des empereurs finissent également par deux ou quatre phrases rimées avec intention, et que le chroniqueur de Saint-Denis n'a pas traduites. Ainsi voici la fin de celle de l'empereur: «Nil opus est ficto—Domini quo visio dicto—Ergo dicto tene fundum.—Domini præcepta secundum.» On diroit que ces conclusions rimées étoient alors destinées à remplacer nos formules finales épistolaires.
»Que te diroie-je plus? Il convient que tu sois ammonesté certainement par moy de Dieu, non pas par mes mérites; mais par les tiennes, à parfaire si grande besoingne. Car une avision m'advint, par nuit nouvellement, endementiers que je pensoie comment je pourroye envaïr ces Sarrasins. Tandis corne j'estoie en telle pensée et je prioie à nostre Seigneur qu'il m'envoiast secours, je vi soubdainement ester un damoisel devant mon lit, qui m'appella par mon nom moult bellement, un petit me bouta[552], et me dit: Constantin, tu as acquis aide à nostre Seigneur, de la besoingne que tu as emprise; il te mande par moy que tu appelles en ton aide le grand Charlemaines de France, deffendeur de la foy, de la paix de sainte Églyse. Lors me monstra un chevalier tout armé de haubert et de chauces, un escu à son col, l'espée ceinte; l'enhoudeure[553] en estoit vermeille une lance blanche en son poing. Si sembloit, à chief de pièce[554] que la pointe rendist flambe tout ardant; et il tenoit en sa main un heaume d'or; et par semblant estoit vieil et avoit longue barbe. De moult bel voult[555] estoit et de grant estature; le chief avoit blanc et chanu, et les yeulx resplandissans comme estoile. Dont l'en ne doit pas cuider que ces choses ne soient faittes et ordonnées par la volenté nostre Seigneur.
Note 552: Me bouta. Me toucha.
Note 553: L'enhoudeure. La poignée. «Manubrium.»
Note 554: A chief de pièce. Au bout du compte.
Note 555: Voult ou Volt. Visage.
»Et pour ce que nous avons certainement enquis quel homme tu es et de quex meurs et de quex faits, nous nous esjouissons en nostre Seigneur, et luy rendons grâces en tes merveilleux faits, en ton humilité et en ta pacience. Si suis en certaine espérance que la besoigne sera finée en prospérité par tes mérites et par ton travail; car tu es deffendeur de paix, et la quiers par grant désir; et quant tu l'as trouvée, tu la gardes et nourris en grant amour et en grant charité.
»Saches-tu, très-chier sire, que les païens ont fait si très-grant honte et si grant dommage à Dieu en Jhérusalem, que nul féal crestien ne le devroit souffrir longuement; mais tu peux bien amender légièrement toutes ces choses à l'aide nostre Seigneur; et pour ce qu'il ne semblast que nous voulsissions soubsmettre[556] les mérites de ta charité, escripvons-nous ces choses à toy que Dieu a sur tous esleu. Que te diroie-je plus? Tu as moult de raisons par quoy tu dois tantost obéir au commandement nostre Seigneur. Qui est cil qui tantost ne doie faire ce que Dieu luy mande? Haste-toi donc, noble roy auguste, d'accomplir la volenté et le commandement nostre Seigneur; que tu ne soyes coulpé vers luy de trop longue demeure. Car cil qui va contre les commandemens de Dieu ne pourra eschiver la coulpe de l'inobédience.»
Note 556: Soubsmettre. Ce mot signifie dédaigner, ne pas tenir compte.