Note 246: Roboroy. Vély rend Roboreto par Rouvray, et sans doute avec raison. (Tome 3, p. 482.) Il n'est pas aussi heureux pour Latruie, qu'il appelle Gerard Scrophe.
Note 247: Sus une haute perche. Le latin ajoute: «Erectâ in quadrigâ.» C'étoit le carroccio des Italiens.
XII.
ANNEE 1214.
Coment le roy exorta les barons et les chevaliers à bien faire. Et coment la bataille fu noblement commenciée.
Avant ce que la bataille fust commenciée, le roy amonesta ses barons et sa gent. Et, jasoit ce qu'il eussent cuer et volenté de bien faire, si leur fist un sermon brief par tels parolles: «Seigneurs barons et chevaliers, nostre fiance et nostre espérance est toute mise en Dieu. Othon et tuit les siens sont escommeniés de par nostre saint père l'apostole, pour ce que il sont ennemis et destruiseurs des choses de saincte églyse; et les deniers qui leur sont admenistrés et de quoy il sont loués, sont acquis des larmes des povres et des rapines des clers et des églyses. Mais nous sommes crestiens et usons de la coustume de saincte églyse. Et jasoit ce que nous sommes pécheurs, comme autres hommes, toutesfois nous consentons-nous à Dieu et à saincte églyse, et la gardons et déffendons à nos povoirs: dont nous devons fier hardiement en la miséricorde Nostre-Seigneur, qui nous donra nos ennemis vaincre et surmonter[248].»
Note 248: Ce discours est certes d'une grande beauté. Il dut exalter l'ardeur des soldats: aujourd'hui, pour encourager les nôtres, il n'en faudroit pas conserver un seul mot. Voilà comme les temps changent.
Quant le roy eut ainsi parlé, les chevaliers et les barons luy demandèrent sa benéiçon: trompes et araines[249] firent sonner, puis firent assaut à leur ennemis par merveilleuse et moult grant hardiesce. En celle heure et en ce point, estoit derrière le roy son chapelain qui escript ceste histoire[250], et un clerc que tout maintenant que il oïrent les sons des trompes, commencièrent à versilier et à chanter à haute voix ce pseaume: Benedictus dominus Deus meus qui docet manus meus ad prœlium, tout jusques en la fin, et puis: «Exurgat Deus, tout jusques en la fin. Et: Domine in virtute tua letabitur rex, au mieux que il porent; car les larmes et le sanglos les empeschoient durement. Et puis ramenoient en mémoire devant Dieu, en pure dévocion, l'honneur et la franchise dont saincte églyse s'esjouist au povoir le roy Phelippe, et d'autre part la honte et les reproches qu'elle souffre et a souffers par Othon et par le roy d'Angleterre par cui dons et promesses tuit cil ennemis estoient esmeus contre le roy en son propre royaume: desquels aucuns se combatoient contre leur lige seigneur pour cui santé il se deussent combatre mieux contre tous hommes. La première envaïe de la bataille ne fu pas en la place où le roy estoit; car avant que ceux de son eschielle né ceux d'environ commençassent l'estour, se combatoient jà aucun contre Ferrant et les siens, en la destre partie du champ, sans le sceu le roy. Le premier front de la bataille des François estoit mis et devisé et ordené ainsi comme nous avons dit devant et porprenoit de l'espace du champ mil et quarante pas.
Note 249: Araines. Instrumens d'airain.
Note 250: Guillaume le Breton.