Cette citation offre, il faut l'avouer, le résumé des défauts du travail de M. Michelet. Toutes les sources historiques sont employées, mais arbitrairement interprétées et parfois inexactement citées. Certes, le moine historien est bien loin de parler aussi brutalement; j'ai reproduit ses expressions page 221. D'ailleurs, pour se remarier, Louis X n'avoit pas plus besoin de faire étrangler sa femme que Charles-le-Bel de déshonorer la sienne.—Le quidam serviens custodiœ deputato ne signifie pas le geôlier de Blanche, mais l'un des gentilshommes chargés de sa garde. Supposer qu'on eût besoin d'avilir Blanche, déjà condamnée et suffisamment avilie par sentence du parlement, c'est confondre les époques et rappeler bien mal à propos l'anecdote que Tacite a contée de la fille de Séjan. Charles-le-Bel, devenu roi, obtint la nullité de son premier mariage: mais pour l'obtenir il se garda bien d'alléguer des motifs de ce genre.
Au reste, les défauts que je ne crains pas de signaler n'empêchent pas que le travail de M. Michelet ne soit le plus précieux et même le plus remarquable que l'on ait entrepris de notre temps sur l'histoire de France. Cet habile écrivain a du moins le courage de trouver dans nos annales quelques beaux endroits, quelques nobles faits et quelques grands caractères. On lui doit de la reconnaissance pour n'avoir pas systématiquement déprécié les anciennes mœurs, les anciennes lois, les anciens héros de la patrie. J'oserai même ajouter que si, nouveau Niebuhr, M. Michelet revient un jour avec sévérité sur sa première inspiration, il pourra doter la France d'une véritable histoire. Déjà dans ce qu'il a publié on reconnoît plusieurs beaux fragmens d'un monument national: puisse-t-il un jour les réunir, les coordonner et surtout les séparer de tout ce qui les dégrade et les déshonore!
V. Année 1316 Chapitre [VIII].
Il faut d'abord ajouter que cet important passage et l'alinéa suivant étoient restés inédits. Puis, dans cet endroit de la deuxième ligne de la page suivante: Receu fu des Flamens, il faut retrancher le fu.
VI. Année 1328 Chapitre [I].
On a tant disputé sur les droits respectifs de Philippe de Valois et d'Edouard III à la succession de Charles-le-Bel, que nous croyons devoir ajouter ici le début de l'histoire de Philippe de Valois, tel que les éditions gothiques l'ont imprimé. Il offre quelques circonstances de plus que le texte que nous avons préféré d'après les meilleurs et les plus nombreux manuscrits:
«Après la mort du roy Charles qui bel fu appellé, lequel avoit laissé la royne Jehanne sa femme grosse, furent assemblés les barons et les nobles à traicter du gouvernement du royaulme. Car, comme la royne de France fust grosse, et on ne savoit quel enfant elle devoit avoir, il n'y avoit celluy qui osast à soy appliquer le nom de roy. Mais seullement estoit question entr'eulx, auquel comme au plus prochain devoit estre commis le gouvernement du royaulme; mesmement comme au royaulme de France femme ne succède pas personnellement en royaulme.
«Si disoient les Anglois qui présens estoient pour le roy d'Angleterre tant comme le plus prochain et nepveu du roy Charles à luy devoit venir le gouvernement du royaulme. Et mesmement le royaulme, sé la royne n'avoit hoir male, et non pas à Phelippe de Valois qui n'estoit que cousin germain. Dont plusieurs docteurs en droit canon et en droit civil qui présens estoient, disoient que à Edouart appartenoit le gouvernement comme au plus prochain. Adoncqucs fu argué à l'encontre de ceux qui pour le roy d'Angleterre là estoient et contre l'oppinion d'aucuns docteurs et leur fu dit que la prochaineté que le roy d'Angleterre devoit avoir ou soy disoit avoir ou royaulme de France ne luy venoit, fors que de par sa mère, laquelle avoit esté fille du roy Phelippe-le-Bel. Et la coustume de France toute commune est que femme ne succède pas au royaulme de France, nonobstant qu'elle soit la plus prochaine en lignaige. Et encore fu argué qu'il n'avoit oncques esté veu né sceu que le royaulme de France eust esté soubmis au roy d'Angleterre né à son gouvernement. Et mesmement que ledit roy d'Angleterre est vassal du roy de France et tient de luy grant partie de la terre que il a pardessa la mer. Ces raisons oïes et pluseurs autres par lesquelles le roy d'Anglelerre ne devoit pas venir au gouvernement du royaulme, nonobstant qu'il fust le plus prochain de par sa femme au roy Charles; il fu conclu par aucuns nobles et mesmement par messire Robert d'Artois, si comme l'en disoit, que à messire Phelippe de Valois, fils de messire Charles de Valois, devoit venir le gouvernement du royaulme de France, comme plus prochain par ligne de hoir male. Et lors fu appelle régent du royaulme de France et de Navarre. Et receut les hommages du royaulme de France et non pas de Navarre. Car Loys, conte d'Evreux, à cause de sa femme, fille du roy Loys Hustin, ainsné fils du roy Phelippe-le-Bel, disoit à luy appartenir ledit royaulme de Navarre, pour la cause de la mère de sa femme. Laquelle avoit esté femme du roy Phelippe-le-Bel. Mais la royne Jehanne de Bourgoigne disoit le contraire, et que à sa fille, femme du duc de Bourgoigne, devoit appartenir. Car son père estoit vestu de tous les drois dudit royaulme quant il mourut. Semblablement la royne Jehanne d'Evreux disoit que à sa fille appertenoit par plus forte rayson. Et là eut moult grant altercation de l'une partie contre l'autre et demoura ainsi la chose une pièce de temps en suspens.»
FIN DU CINQUIÈME VOLUME DES GRANDES CHRONIQUES DE FRANCE.