Item, le roy de France Phelippe, approuvant le bon conseil des barons et des anciens sus l'ordenance du royaume de Navarre et de la conté de Champaigne, il restitua ledit royaume de Navarre à Loys conte d'Evreux pour la cause de sa femme fille de Louis Hutin: et pour la cause de la conté de Champaigne, il luy assigna autres rentes en la conté de la Marche emprès Angolesme.
Item, environ ce temps, le conte de Flandres Loys fist hommage au roy de France; et après il luy dit et exposa les rebellions et fais importables de ses sujets, c'est assavoir de Bruges, d'Ypre et meismement de Cassel, et qu'il ne povoit obvier à leur malice né extirper la matière de leur rebellion. Et lors pria au roy très humblement qu'il luy voulsist à son besoing aidier. A laquielle supplicacion le roy enclina très bénignement, mais en quel temps et quant ce seroit il le feroit par le bon conseil de ses barons. Endementiers faisoit-on à Rains très grant appareil pour le coronnement du roy et de la royne, et tant qu'il n'estoit mémoire de homme qui oncques tel eust veu. Adoncques quant les choses furent prestes, se partirent le roy et la royne pour aler à Rains, et là furent coronnés tous deux ensemble par la main de Guillaume de Trie archevesque de Rains, le jour de la Trinité; et dura ladite feste cinq jours continus[383].
III.
Coment le roy Phelippe mut pour aler sus les Flamens tantost après son coronnement.
Après le coronnement et ladite feste passée, le roy s'en retourna à Saint-Denis son patron, et là fu honnorablement receu; et après ala à Nostre-Dame de Paris, et depuis s'en retourna au palais où le diner fu appareillié très sollempnelement, et là disna le roy et avecques luy pluseurs barons de son royaume.
Après ce que il fu à Paris retourné, il ot délibération avecques ses barons sur la besoingne des Flamens; dont pluseurs distrent au roy que bonne chose seroit qu'il demourast en France jusques à un an. Laquielle parole desplut moult au roy, et meismement qu'il disoient que le temps n'estoit pas convenable pour batailler. Dont aucuns distrent que le roy dut dire à messire Gauchier de Creci son connestable: «Et vous Gauchier qu'en dites?» et jasoit ce qu'il fust un pou refusant, si respondi en tel manière: «Qui bon cuer a à batailler tousjours treuve il temps convenable.»
Quant le roy ot oïe ceste parole, il ot très grant joie, et se leva et l'acola en disant: «Qui m'aimera si me suive!» Et adonques fu crié que chascun selon son estat fust appareillié à Arras à la feste de la Magdaleine. Toutesvoies les bourgois des bonnes villes ne s'armèrent pas; mais lesdis bourgois et les bonnes villes aidèrent au roy d'argent, et demourèrent pour garder leur cités et leur bonnes villes de par le roy.
Après ce, le roy si prist aucuns de ses familliers, et s'en ala par la ville de Paris à pié, et visita une grant partie des églyses de ladite ville; et depuis il visita les maisons Dieu, et là fist-il moult de euvres de miséricorde: comme de baisier les mains des povres, de leur administrer viandes et de leur donner grans aumosnes. Toutes lesquielles choses faites moult dévotement, assez tost après il se parti de Paris et s'en ala à Saint-Denis; là fu en très grant dévocion, et fist ouvrir le lieu où les corps de monseigneur de saint Denis et de ses compagnons reposent. Et quant ledit lieu fu ouvert, ledit roy Phelippe meu de grant dévocion, osta son chaperon et sa coeffe, et ala querre les dis corps saints de monseigneur saint Denis et de ses compagnons, et les apporta l'un après l'autre sur leur autel, et semblablement fist-il du corps monseigneur saint Loys, et le mist emprès les corps saints devant. Puis fist chanter la messe devant lesdis corps saints par l'abbé de ladite églyse Guy: laquielle chantée, le roy fist beneir l'oriflambe audit abbé Guy, et la reçut ledit roy de la main dudit abbé, en la présence des barons et des prélas; laquielle oriflambe fu bailliée à messire Mile de Noyers[384] à porter, par la main dudit roy, et à garder. Après ces choses, ledit roy Phelippe prist lesdits corps saints de monseigneur saint Denis et de ses compaignons, et les rapporta en leur lieu; laquielle chose l'en ne treuve pas avoir esté communément faite par la personne du roy quant au raporter. Et après il se départi et s'en ala à Arras, et passa légièrement oultre, et prist son chemin vers Cassel, et ilecques fist fichier ses tentes, et fu le pays d'entour moult gasté.
Adoncques quant les Flamens virent l'ost du roy, si firent faire un grant coc de toile tainte, et en ce coq avoit escript:
Quant ce coq ci chanté ara
Le roy trouvé[385] ça entrera.