Et le mistrent en haut lieu. Et ainsi se moquoient du roy et de sa gent, et l'appelloient le roy trouvé, laquielle parole et moquerie leur tourna à la parfin à grant meschief et domaige.
Lors le roy manda monseigneur Robert de Flandres et le fist sermenter avecques luy, et puis luy commanda qu'il préist deux cens hommes d'armes et alast à Saint-Omer, et ilecques tenist la frontière contre les Flamens; et commanda au conte qu'il alast vers Lille et tenist la frontière entre le Lys et l'Escaut.
Quant les Flamens virent que le roy avoit fait si grant semonse, si s'assemblèrent, et virent qu'il n'avoient point de seigneur de qui il peussent faire chevetaine, car tous les gentils hommes du pays leur estoient faillis; et ne savoient de quel part le roy les devoit assaillir, né de quel part il devoit à eux venir. Et pour ce ordenèrent ceux de Bruges et d'Ypre que tous ceux du terrouer de Furnes et des communes de Bruges, de Cassel et de Poperinge se traisissent tous sus le mont de Cassel: et ceux de Bruges et du Franc[386] tendroient le pays devers Tournay; et ceux d'Ypre et de Courtrai à rencontre de Lille. Et le roy de France estoit entré à un samedy bien matin luy et son ost en la terre de Flandres entre Blaringuehem et le pont Hasquin parmi le Neuf fossé[387], et s'en alèrent le conte d'Artois et sa compaignie logier dessous une forest que on appelle Ruhout sus un vivier que on appelle Scondebrouc et est de l'abbaïe de Clermarès.
IV.
De l'ordenance des batailles du roy de France.
Et orrois coment les batailles[388] passèrent: la première bataille menèrent les deux maréchaux et le maistre des arbalestriers, et avoient en leur route six bannières, et tous les gens de pié suivirent celle bataille et tous les charrois. Quant les mareschaux vindrent au champ, il baillèrent places aux fourriers pour leur maistres. Après passa la bataille au conte d'Alençon où il avoit vint et une bannières: celle bataille prist son tour jusques emprès le mont de Cassel, et ilecques s'arresta jusques à tant que les tentes fussent dréciées.
Après passa la tierce bataille où il avoit treize banières, et la conduisoit le maistre de l'ospital d'Oultre-mer, et le sire de Biaugeu et tous ceux de la Languedoc.
La quarte bataille mena le connestable de France Gauchier de Chastillon, et avoit huit banières.
La quinte fu du roy qui contenoit trente-neuf banières, et estoit le roy armé de ses plaines armes. Et estoit en sa bataille le roy de Navarre, le duc de Lorrayne et le conte de Bar[389], et avoit une aile de six banières que messire Mile de Noyers conduisoit qui portoit l'oriflambe.
La sixiesme conduisoit le duc de Bourgoigne où il avoit dix-huit banières.