Rien au monde, madame, ne m'étonna tant que l'ardeur et l'empressement de ces dames à me rendre tous les services imaginables. L'une apporta de l'eau chaude, et me lava les pieds; une autre me versa de l'eau de senteur sur les mains; celles-ci apportèrent tout ce qui était nécessaire pour me faire changer d'habillement; celles-là servirent une collation magnifique; et d'autres enfin se présentèrent le verre à la main, prêtes à me verser d'un vin délicieux; et tout cela s'exécutait sans confusion, avec un ordre, une union admirable, et des manières dont j'étais charmé. Je bus et mangeai. Après quoi, toutes les dames s'étant placées autour de moi, me demandèrent une relation de mon voyage. Je leur fis un détail de mes aventures, qui dura jusqu'à l'entrée de la nuit.
LE NUIT
Sire, poursuivit la sultane, le prince Calender reprit sa narration en ces termes:
Lorsque j'eus achevé de raconter mon histoire aux quarante dames, quelques-unes de celles qui étaient assises le plus près de moi demeurèrent pour m'entretenir, pendant que d'autres, voyant qu'il était nuit, se levèrent, pour aller querir des bougies. Elles en apportèrent une prodigieuse quantité, qui répara merveilleusement la clarté du jour; mais elles les disposèrent avec tant de symétrie, qu'il semblait qu'on n'en pouvait moins souhaiter.
D'autres dames servirent une table de fruits secs, de confitures et d'autres mets propres à faire boire, et garnirent un buffet de plusieurs sortes de vins et de liqueurs; d'autres enfin parurent avec des instruments de musique. Quand tout fut près, elles m'invitèrent à me mettre à table. Les dames s'y assirent avec moi, et nous y demeurâmes assez longtemps. Celles qui devaient jouer des instruments et les accompagner de leur voix se levèrent, et firent un concert charmant. Les autres commencèrent une espèce de bal, et dansèrent deux à deux les unes après les autres, de la meilleure grâce du monde.
Il était plus de minuit lorsque tous ces divertissements finirent. Alors une des dames, prenant la parole, me dit: Vous êtes fatigué du chemin que vous avez fait aujourd'hui, il est temps que vous vous reposiez. Votre appartement est préparé; en effet, on me conduisit à un appartement magnifique, et je ne tardai pas à prendre le repos dont j'avais le plus grand besoin...
LIE NUIT
Le lendemain, la sultane, à son réveil, dit à Dinarzade: Voici de quelle manière le prince, troisième Calender, reprit le fil de sa merveilleuse histoire:
J'avais, dit-il, à peine achevé de m'habiller le lendemain, que les dames vinrent dans mon appartement, toutes parées autrement que le jour précédent. Elles me souhaitèrent le bonjour, et me demandèrent des nouvelles de ma santé. Ensuite elles me conduisirent au bain, et lorsque j'en sortis, elles me firent prendre un autre habit, qui était encore plus magnifique que le premier.
Nous passâmes la journée presque toujours à table, et le soir en divertissements de toutes sortes. Enfin, madame, pour ne vous point ennuyer en répétant toujours la même chose, je vous dirai que je passai une année entière avec les quarante dames, et que pendant tout ce temps-là cette vie charmante ne fut point interrompue par le moindre chagrin.