[12]: Tout ce qui suit ce passage dans les manuscrits de la chronique de Nennius n'en fait plus partie. Ce sont des additions que les copistes ont même eu soin de bien distinguer de ce qui précédait; comme la vie de saint Patrice, le récit de la mission d'Augustin, etc., etc. Je suis heureux de voir que mon opinion sur le véritable terme de la chronique de Nennius est partagée par MM. Parrie et J. Sharp. «There is good ground for believing that all the matter in the Historia Britonum, later than the accounts of the exploits of Arthur, is subsequent interpolation.» (Monumenta historica Britannica, t. I, préface, p. 64.)

[13]: Je ne prétends pas cependant nier que certaines traditions bretonnes n'aient été écrites même avant que l'on eût essayé d'écrire un livre français. Cela, pour ne pas m'être démontré, n'est pas impossible: les chefs bretons et leurs bardes peuvent avoir senti le besoin de consigner par écrit certains vers prophétiques, certaines listes généalogiques, certaines traditions locales et superstitieuses; mais, si ces feuillets existaient au temps de Geoffroy, on peut assurer qu'il ne les a pas consultés et qu'il ne laisse supposer nulle part qu'il ait connu ces triades, ces poëmes gallois du cinquième au onzième siècle, dont on a fait tant de bruit et si peu de profit.

[14]: Il me semble pourtant qu'on aurait dû remarquer une lacune assez apparente dans l'Histoire ecclésiastique de Bède, précisément à l'endroit où pouvait se trouver le nom d'Artus, chef des guerriers bretons, sous le règne d'Aurélius Ambroise. C'est au chapitre XVI de son premier livre, lequel finit ainsi: «Utebantur eo tempore (vers 450) duce Ambrosio Aureliano,... hoc ergo duce, vires capessunt Britones, et victores provocantes ad prœlium, victoriam ipsi, Deo favente, suscipiunt. Et ex eo tempore nunc cives, nunc hostes vincebant, usque ad annum obsessionis Badonici montis, quando non minimas eisdem hostibus strages dabant: sed hæc postmodum.» Il s'agit bien ici de la victoire de Bath ou du mont Badon, dont on s'accorde à faire honneur à Artus. Or, après ce mot, sed postmodum, qu'il faut entendre, mais nous en parlerons plus tard, on doit penser que Bède reviendra sur ces grands événements dans les chapitres suivants. Il n'en est rien cependant: il passe à l'histoire de l'hérésie Pélagienne, raconte une victoire des Bretons due aux prières et au courage de saint Germain, puis arrive à la conversion des Saxons, commencée près d'un siècle après la victoire du mont Badon.

[15]: Arthur pugnabat contra illos in illis diebus, videlicet Saxones contra regibus Britannorum. Sed ipse dux erat bellorum.

[16]: On retrouverait peut-être cette fable dans le Roman de Troie de Benoît de Sainte-Maure, poëte contemporain de Geoffroy de Monmouth.

[17]: Kaer-Merdin, ville de Merdin; aujourd'hui Caermarthen, dans le Southwall.

[18]: Geoffroi de Monmouth, qui n'avait assurément pas trouvé ce discours de Maugantius dans un ancien livre breton, reparlera dans le poëme de Vita Merlini de cette classe d'esprits intermédiaires:

At cacodæmonibus post lunam subtus abundat,
Qui nos decipiunt et temtant, fallere docti,
Et sibi multotiens ex aere corpore sumpto
Nobis apparent, et plurima sæpe sequuntur;
Quin etiam coitu mulieres aggrediuntur
Et faciunt gravidas, generantes more prophano.
Sic igitur cœlos habitatos ordine terno
Spirituum fecit.....

(Vita Merlini, v. 780.)

Apulée, dans le curieux livre du Démon de Socrate, parle en effet de ces esprits intermédiaires, mais il se tait des Incubes, dont saint Augustin rappelle les faits et gestes, au XVe livre de la Cité de Dieu.