En arrivant à Sarras, Joseph apprit que le roi du pays, Évalac le Méconnu, était en guerre avec le roi d'Égypte Tolomée[71], et qu'il venait d'être vaincu dans une grande bataille. Doué du don de l'éloquence, Joseph se présenta devant lui pour lui déclarer que, s'il voulait reprendre l'avantage sur les Égyptiens, il devait renoncer à ses idoles et reconnaître Dieu en trois personnes. Son discours présente un excellent résumé des dogmes de la foi chrétienne; rien n'y paraît oublié, et c'est encore la doctrine exposée dans nos catéchismes.
Évalac eut la nuit suivante une vision qui lui fit comprendre le Dieu trinitaire, la seconde Personne revêtue de l'enveloppe mortelle et conçue dans le sein d'une Vierge immaculée. Le Saint-Esprit vint en même temps avertir Joseph que son fils Josephe était choisi pour garder le saint vase; qu'il serait ordonné prêtre de la main de Jésus-Christ; qu'il aurait le pouvoir de transmettre le sacerdoce à ceux qu'il en jugerait dignes, comme ceux-ci le transmettraient à leur tour, dans les contrées où Dieu les établirait[72].
Le Saint-Esprit dit à Joseph: «Quand l'aube prochaine éclairera l'arche, quand tes soixante-cinq compagnons auront fait leurs génuflexions devant elle, je prendrai ton fils, je l'ordonnerai prêtre, je lui donnerai ma chair et mon sang à garder.»
Et le lendemain, la même voix divine, parlant aux chrétiens assemblés: «Écoutez, nouveaux enfants! Les anciens prophètes eurent le don de mon Saint-Esprit; vous l'obtiendrez également, et vous aurez bien plus encore, car vous aurez chaque jour mon corps en votre compagnie, tel que je le revêtis sur la terre. La seule différence, c'est que vous ne me verrez pas en cette semblance. Ô mon serviteur Josephe! je t'ai jugé digne de recevoir en ta garde la chair et le sang de ton Sauveur. Je t'ai reconnu pour le plus pur des mortels et le plus exempt de péchés, le mieux dégagé de convoitise, d'orgueil et de mensonge: ton cœur est chaste, ton corps est vierge; reçois le don le plus élevé que mortel puisse souhaiter: seul tu le recevras de ma main, et tous ceux qui l'auront plus tard devront le recevoir de la tienne. Ouvre la porte de l'arche, et demeure ferme à la vue de ce qui te sera découvert.»
Alors Josephe ouvrit l'arche en tremblant de tous ses membres.
Il vit dedans un homme vêtu d'une robe plus rouge et plus éclatante que le feu ardent. Tels étaient aussi ses pieds, ses mains et son visage.
Cinq anges l'entouraient, vêtus de même, et portant chacun six ailes flamboyantes. L'un tenait une grande croix sanglante; le second trois clous d'où le sang paraissait dégoutter; le troisième une lance dont le fer était également rouge de sang; le quatrième étendait devant le visage de l'homme une ceinture ensanglantée; dans la main du cinquième était une verge tortillée, également humide de sang. Sur une bande que les cinq anges tenaient développée, il y avait des lettres qui disaient: Ce sont les armes avec lesquelles le Juge de tout le monde a vaincu la mort; et sur le front de l'homme d'autres lettres blanches: En cette forme viendrai-je juger toutes choses, au jour épouvantable.
La terre sous les pieds de l'homme paraissait couverte d'une rosée sanglante qui la rendait toute vermeille.
Et l'arche semblait avoir alors dix fois sa première étendue. Les cinq anges circulaient sans peine dans l'intérieur autour de l'homme, qu'ils contemplaient les yeux remplis de larmes.
Josephe, ébloui de tout ce qu'il voyait, ne put prononcer une parole; il s'inclina, baissa la tête et restait tout abîmé dans ses pensées, quand la voix céleste l'appela; aussitôt il releva le front et vit un autre tableau.