L'homme était attaché sur la croix que tenaient les cinq anges. Les clous étaient entrés dans ses pieds et dans ses mains; la ceinture serrait le milieu de son corps, sa tête retombait sur la poitrine; on eût dit un homme dans les angoisses de la mort. Le fer de la lance pénétrait dans le côté, d'où jaillissait un ruisselet d'eau et de sang; sous les pieds était l'écuelle de Joseph, recueillant le sang qui dégouttait des mains et du côté; elle en était remplie au point de donner à croire qu'elle allait déborder.

Puis les clous parurent se détacher, et l'homme tomber à terre la tête la première. Alors Josephe, d'un mouvement involontaire, se jeta en avant pour le soutenir: comme il avançait un pied dans l'arche, cinq anges s'élancèrent, les uns vibrant contre lui la pointe de leurs épées, les autres élevant leurs lances comme prêtes à le frapper. Il essaya pourtant de passer, tant il avait à cœur de venir en aide à celui qu'il reconnaissait déjà pour son Sauveur et son Dieu; mais la force invincible d'un ange le retint malgré lui.

Comme il demeurait immobile, Joseph, incliné à quelque distance, s'inquiétait de voir son fils arrêté au seuil de l'arche: il se leva et se rapprocha de lui. Mais Josephe, le retenant de la main: «Ah! père,» dit-il, «ne me touche pas, ne m'enlève pas de la gloire où je suis. L'Esprit-Saint me transporte par-delà la terre.» Ces mots redoublèrent la curiosité du père, et, sans égard pour la défense, il se laissa tomber à genoux devant l'arche, en cherchant à découvrir ce qui se passait à l'intérieur.

Il y vit un petit autel couvert d'un linge blanc sous un premier drap vermeil. Sur l'autel étaient posés trois clous et un fer de lance. Un vase d'or en forme de hanap occupait la place du milieu. La toile blanche jetée sur le hanap ne lui permit pas de distinguer le couvercle et ce qu'il enfermait. Devant l'autel, il vit trois mains tenir une croix vermeille et deux cierges, mais il ne sut pas reconnaître à quels corps ces mains appartenaient.

Il entendit un léger bruit; une porte s'ouvrit et laissa voir une chambre dans laquelle deux anges tenaient, l'un une aiguière, l'autre un gettoir ou aspersoir. Après eux venaient deux autres anges portant deux grands bassins d'or, et à leur cou deux toiles de merveilleuse finesse. Trois autres portaient des encensoirs d'or illuminés de pierres précieuses, et de leur autre main des boîtes pleines d'encens, de myrrhe et d'épices dont la suave odeur se répandait à l'entour. Ils sortirent de la chambre les uns après les autres. Puis un septième ange, ayant sur son front des lettres qui disaient: Je suis appelé la force du haut Seigneur, tenait dans ses mains un drap vert comme émeraude qui enveloppait la sainte écuelle. Trois anges allèrent à sa rencontre portant des cierges dont la flamme produisait les plus belles couleurs du monde. Alors Josephe vit paraître Jésus-Christ lui-même sous l'apparence qu'il avait en pénétrant dans sa prison, et tel qu'il s'était levé du sépulcre. Seulement son corps était enveloppé des vêtements qui appartiennent au sacerdoce.

L'ange chargé du gettoir puisa dans l'aiguière, et en arrosa les nouveaux chrétiens; mais les deux Joseph pouvaient seuls le suivre des yeux.

Alors Joseph s'adressant à son fils: «Sais-tu maintenant, beau fils, quel homme conduit cette belle compagnie?—Oui, mon père; c'est celui dont David a dit au Psautier: «Dieu a commandé à ses anges de le garder partout où il ira.»

Tout le cortége passa devant eux et parcourut les détours du palais que le roi Évalac avait mis à leur disposition; palais que Daniel, jadis, dans une intention prophétique, avait appelé le Palais spirituel. Et quand ils arrivaient devant l'arche et avant d'y rentrer, chacun des anges s'inclinait une première fois pour Jésus-Christ, debout dans le fond; une seconde fois pour l'arche.

Notre-Seigneur s'approchant alors de Josephe: «Apprends,» lui dit-il, «l'intention de cette eau que tu as vu jeter de part et d'autre. C'est la purification des lieux où le mauvais esprit a séjourné. La présence du Saint-Esprit les avait déjà sanctifiés, mais j'ai voulu te donner l'exemple de ce que tu feras, partout où mon service sera célébré.—Mon Seigneur,» demanda Josephe, «comment l'eau pourra-t-elle purifier, si elle n'est pas elle-même purifiée?—Elle le sera par le signe de la rédemption que tu lui imposeras, en prononçant ces paroles: Que ce soit au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit!

«Maintenant je vais te conférer la grâce suprême que je t'ai promise; le sacrement de ma chair et de mon sang, que, cette première fois, mon peuple verra clairement, pour que tous puissent, devant les rois et les princes du monde, témoigner que je t'ai choisi pour être le PREMIER PASTEUR de mes nouvelles brebis, et pour établir les pasteurs chargés de nommer ceux qui, dans les âges suivants, gouverneront mon peuple. Moïse avait conduit et gouverné les fils d'Israël par la puissance que je lui avais donnée: de même seras-tu le guide et le gardien de ce nouveau peuple: ils apprendront de ta bouche comment ils me doivent servir, et comment ils pourront demeurer dans la vraie créance.»