Jésus-Christ prit alors Josephe par la main droite et l'attira vers lui. Tout le peuple assemblé le vit clairement ainsi que les anges dont il était environné.

Et quand Josephe eut fait le signe de la croix, voilà qu'un homme aux longs cheveux blancs sortit de l'arche, portant à son cou le plus riche et le plus beau vêtement que jamais on put imaginer. En même temps parut un autre homme, jeune et de beauté merveilleuse, tenant dans l'une de ses mains une crosse, dans l'autre une mitre de blancheur éclatante. Ils couvrirent Josephe du vêtement épiscopal, en commençant par les sandales, puis le reste du costume, depuis ce temps-là consacré. Ils assirent le nouveau prélat dans une chaire dont on ne pouvait distinguer la matière, mais étincelante des plus riches pierreries que la terre ait jamais fournies[73].

Alors tous les anges vinrent devant lui. Notre-Seigneur le sacra et l'oignit de l'huile prise dans l'ampoule que tenait celui des anges qui l'avait arrêté précédemment au seuil de l'arche. De la même ampoule fut prise l'onction qui, plus tard, servit à sacrer les rois chrétiens de la Grande-Bretagne jusqu'au père d'Artus, le roi Uter-Pendragon. Notre-Seigneur lui mit ensuite la crosse en main, et lui passa dans un de ses doigts l'anneau que nul mortel ne pourrait contrefaire, nulle force de pierre séparer. «Josephe,» lui dit-il, «je t'ai oint et sacré évêque en présence de tout mon peuple. Apprends le sens des vêtements que je t'ai choisis: les sandales avertissent de ne pas faire un pas inutile, et de tenir les pieds si nets qu'ils n'entrent dans nulle maligne souillure, et ne marchent que pour donner conseil et bon exemple à ceux qui en auraient besoin.

«Les deux robes qui couvrent la première jupe sont blanches, pour répondre aux deux vertus sœurs, la chasteté et la virginité. Le capuchon qui enferme la tête est l'emblème, et de l'humilité qui fait marcher le visage incliné vers la terre, et de la patience que les ennuis et les contrariétés ne détournent pas de la droite voie.

«Le nœud suspendu au bras gauche indique l'abstinence; on le place ainsi parce que le propre de ce bras est de répandre, comme le propre du bras droit est de retenir. Le lien du col, semblable au joug des bœufs, signifie obéissance à l'égard de toutes les bonnes gens. Enfin la chape ou vêtement supérieur est vermeille, pour exprimer la charité, qui doit être brûlante comme le charbon ardent.

«Le bâton recourbé que doit tenir la main gauche a deux sens: vengeance et miséricorde. Vengeance pour la pointe qui le termine; miséricorde en raison de sa courbure. L'évêque doit en effet commencer par exhorter charitablement le pécheur: mais, s'il le voit trop endurci, il ne doit pas hésiter à le frapper.

«L'anneau passé au doigt est le signe du mariage contracté par l'évêque avec l'Église, mariage que nulle puissance ne peut dissoudre.

«Le chapeau cornu signifie confession. Il est blanc, en raison de la netteté que l'absolution donne. Les deux cornes répondent l'une au repentir, l'autre à la satisfaction: car l'absolution ne porte ses fruits qu'après la satisfaction ou pénitence accomplie.»

Après ces enseignements, Notre-Seigneur avertit Josephe qu'en l'élevant à la dignité d'évêque, il le rendait responsable des âmes dont il allait avoir la direction. Et dans le même temps qu'il le chargeait du gouvernement des âmes, il laissait à son père le soin de gouverner les corps et de pourvoir à tous les besoins de la compagnie[74].

«Avance maintenant, Josephe,» ajouta Notre-Seigneur, «viens offrir le sacrifice de ma chair et de mon sang, à la vue de tout mon peuple.» Tous alors virent Josephe entrer dans l'arche, et les anges aller et venir autour de lui. Ce fut le premier sacrement de l'autel. Josephe mit peu de temps à l'accomplir; il ne dit que ces paroles de Jésus-Christ à la Cène: Tenez et mangez, c'est le vrai corps qui sera tourmenté pour vous et pour les nations. Puis, en prenant le vin: Tenez et buvez, c'est le sang de la loi nouvelle, c'est mon propre sang, qui sera répandu en rémission des péchés. Il prononça ces paroles en posant le pain sur la patène du calice; soudain le pain devint chair, le vin sang. Il vit clairement entre ses mains le corps d'un enfant dont le sang paraissait recueilli dans le calice. Troublé, interdit à cette vue, il ne savait plus que faire: il demeurait immobile, et les larmes coulaient de ses yeux en abondance. Notre-Seigneur lui dit: «Démembre ce que tu tiens, et fais-en trois pièces.»—«Ah! Seigneur,» répondit Josephe, «ayez pitié de votre serviteur! Jamais je n'aurai la force de démembrer si belle créature!—Fais mon commandement,» reprit le Seigneur, «ou renonce à ta part dans mon héritage.»