Jérôme J. Collins, météorologiste,
correspondant du New-York Herald.
Jérôme J. Collins est né à Cork, en Irlande, le 17 octobre 1841, son frère était négociant et manufacturier, et, pendant vingt-deux ans, c'est-à-dire jusqu'en 1863, fit partie du conseil de la ville. Le jeune Jérôme Collins fit ses études à l'école de Mansion-House, qui était dirigée par les frères de saint Vincent. De très bonne heure, son goût pour les sciences exactes se dessina. A l'âge de seize ans à peine, il devenait l'élève de sir John Benson, ingénieur du port de la ville de Cork. Sous l'habile direction de ce maître, le jeune élève fit de rapides progrès dans son art, et fut bientôt nommé sous-ingénieur de la ville. En cette qualité il fut chargé d'un grand nombre de travaux importants, sur la rivière ou dans le port; mais celui qui lui fit le plus d'honneur est la construction du pont de North-Gate, sur lequel son nom a été gravé, et qui lui valut les félicitations de ses concitoyens.
Voyant que son pays natal ne pouvait offrir un champ assez vaste pour son activité, il se rendit en Angleterre. La crise financière de 1866 étant survenue, il se décida à passer dans le Nouveau-Monde, où il ne tarda pas à se créer une place honorable par les travaux remarquables dont il dirigea l'exécution.
Toutefois ce n'est point comme ingénieur, mais comme météorologiste, que M. Collins a surtout sa renommée, car ce n'est point par un novice que les variations atmosphériques doivent être observées à bord de la Jeannette; M. Collins a, en effet, droit à l'éternelle reconnaissance de ses contemporains et des générations à venir, pour sa belle découverte des lois qui président au développement et à la transmission des tempêtes à travers l'Océan Atlantique, lois qui permettent de prédire plusieurs jours à l'avance l'arrivée des tempêtes sur les côtes d'Europe. Cette seule découverte le place certainement au rang des premiers savants de notre époque.
Mais, à côté du savant, existe l'homme honnête, courageux, affectionné, gai et tendre qui laisse derrière lui un souvenir cher à tous ceux qui ont ressenti le charme qu'il sait exercer sur tous ceux qui l'entourent.
Raymond L. Newcomb, naturaliste
taxidermiste de l'expédition.
M. Raymond L. Newcomb est né à Salem, dans le Massachusetts, en janvier 1849; c'est un des descendants de Newcomb qui se distinguèrent pendant la Révolution de 1776. Son grand-père prit part à la bataille de Lexington et servit, pendant toute la durée de la guerre, dans une compagnie d'artillerie. Son père est encore dans le commerce à Salem.
Comme taxidermiste et comme ornithologiste, il jouit de l'estime des sociétés savantes. D'ailleurs, c'est à la recommandation du professeur Baird, du Smithsonian-Institute, qu'il doit la place qu'il occupe à bord de la Jeannette. En 1878, il avait déjà été envoyé, par ce corps savant, sur les bancs de Terre-Neuve, pour y recueillir des spécimens d'histoire naturelle. Il est certain que les travaux qu'il accomplira à bord de la Jeannette, lorsqu'ils viendront au jour, seront accueillis avec une vive reconnaissance par le monde savant, dont il sera le seul représentant dans cette exploration des mers polaires[ [2].