Au mois de juin 1881, il était reparti pour continuer son œuvre, se chargeant, en même temps, de faire tout ce qui serait en son pouvoir pour découvrir des traces de la Jeannette et sauver son équipage, si celui-ci avait abordé sur la Terre de François-Joseph.

Pendant longtemps, on a pu se demander s'il ne faudrait point ajouter le nom de M. Smith au martyrologe des explorations arctiques. On savait qu'il n'avait emporté que pour quatorze mois de vivres, et ce laps de temps était écoulé, quand, au mois d'août dernier, M. Smith avec son équipages a été rencontré par le Hope, envoyé à sa recherche. Quant à l'Eira, elle avait subi le sort du Tegethoff et tant d'autres. Elle avait été écrasée par les glaces l'année précédente.

Enfin, en terminant, citons encore le Barentz, que le gouvernement hollandais envoie depuis quelques années pour étudier le mouvement et l'état des glaces dans la partie de l'Océan glacial, qui s'étend de la Nouvelle-Zemble, à l'est, au Spitzberg, à l'ouest, et à la Terre de François-Joseph, au nord, et qu'on désigne aussi sous le nom de mer de Barentz. Au moment de partir, le commandant de ce navire avait aussi reçu pour instruction de recueillir tous les renseignements et tous les indices de nature à le mettre sur les traces de la Jeannette.

Malgré cet immense déploiement de moyens, la question de la Jeannette restait à peu près aussi avancée pendant l'automne 1881 qu'au commencement de la même année.

A la vérité, on racontait que des Esquimaux prétendaient avoir vu quatre hommes blancs se diriger vers l'embouchure de la rivière Mackenzie, mais l'exactitude de ce fait était révoquée en doute.

En outre, on avait reçu, au New-York Herald, une dépêche du bureau de ce journal, à Londres, ainsi conçue:

«Londres, 14 octobre, 2 heures matin.

»Je viens de recevoir un télégramme du professeur Nordenskjold daté de cette nuit et ainsi conçu:

«Capitaine Johanneser, commandant la Léna pendant l'expédition Nordenskjold, vient d'arriver à Yakoutsk. Il rapporte qu'un Yakoute du village de Boulouni raconte avoir vu, le 13 septembre 1879 (nouveau style), un steamer à l'embouchure de la Léna. On suppose que c'est la Jeannette.

»Le steamer Louise, arrivé le 19 septembre à Tromso, rapporte que les Samoyèdes de l'embouchure de l'Yenisséi ont trouvé, pendant l'hiver dernier, les cadavres de deux Européens, ayant une bouteille de whisky. Cette nouvelle mérite attention, vu qu'on ne signale la perte d'aucun navire européen, dans ces parages, pendant le cours de l'année dernière.