«La connaissance que j'ai acquise du pays, dit-il dans ce rapport, et les renseignements que m'ont fournis Noros et Ninderman ont fait naître en moi la quasi-certitude que de Long et ses compagnons se trouvent à l'ouest de la Léna, entre Sisteraneck et Bulcour. Ces deux localités sont séparées par une région nue et désolée, n'offrant au voyageur aucun moyen de subsistance sur une longueur de cent cinquante verstes. Pour organiser une expédition et explorer une région aussi étendue, il me fallait un personnel nombreux et l'appui spécial des autorités russes pour me faire obéir. C'est pourquoi je me suis décidé à venir jusqu'à Yakoutsk, afin de pouvoir envoyer des dépêches aux États-Unis et préparer, avec le concours des autorités russes, une nouvelle expédition pour repartir vers le nord.


»Par le prochain courrier je vous transmettrai des détails circonstanciés sur l'organisation de cette expédition et sur les plans que j'aurai adoptés. Arrivés à Boulouni, M. Danenhower n'ayant trouvé de moyens de transport que pour six personnes, prit avec lui les cinq hommes les plus faibles de sa troupe et arriva ici le 17 décembre. Les six autres sont arrivés avec moi hier soir, 5 janvier. Tous sont très bien portants à l'exception de M. Danenhower, qui souffre beaucoup des yeux, du timonier Jack Cole, atteint d'aliénation mentale, et du matelot Herbert Leach, qui a un gros doigt de pied gelé. Demain matin, M. Danenhower partira avec neuf hommes pour se rendre à Irkoutsk, d'où il gagnera les bords de l'Atlantique. Je garde avec moi H. Bartlett, mécanicien de première classe, et le maître d'équipage Ninderman. M. Danenhower emporte aux États-Unis les notes et les objets trouvés dans les différentes caches que j'ai visitées: je vous ai expédié aujourd'hui un télégramme pour vous en prévenir.

»En terminant, je dois signaler à l'attention du département la conduite ferme et courageuse du lieutenant Danenhower, qui, dans les moments les plus critiques, s'est prodigué pour sauver l'embarcation, et, dans maintes circonstances, m'a aidé de ses connaissances techniques. D'ailleurs, malgré la malheureuse circonstance qui l'a privé de son commandement légitime, l'accord le plus parfait a continué d'exister entre nous.

»La conduite de Joseph H. Bartlett, mécanicien de première classe, mérite aussi une mention spéciale. Son intelligence plus qu'ordinaire, sa bonne volonté à toute épreuve et son énergie, le rendent grandement recommandable.

»Enfin je signalerai le matelot Herbert Leach, qui, le jour de la tempête, est resté à la barre pendant onze heures consécutives, et qui ensuite, bien qu'ayant les pieds gelés et souffrant de douleurs atroces, s'est tenu à son aviron comme les autres, sans proférer un seul murmure.»

Au rapport de M. Melville était jointe la copie des différents records laissés par le lieutenant de Long, que nous allons reproduire ici.

Le premier de ces records a été trouvé par M. Melville, près du point où aborda la troupe de de Long, en abandonnant son embarcation:


«EXPÉDITION DU STEAMER ARCTIQUE «LA JEANNETTE.»