«Je désire et c'est également le souhait du gouvernement des États-Unis d'Amérique et des promoteurs de l'expédition, que des recherches actives et incessantes soient faites pour retrouver mes compagnons des deux canots disparus. Le lieutenant de Long et ceux qui l'accompagnent, formant ensemble une troupe de douze personnes, seront rencontrés sur la rive occidentale de la Léna.
»Ils sont au sud de la petite station de chasse située à l'ouest de la hutte connue des Yakoutes sous le nom de Qu Vina.
»Ces hommes étaient dans l'impossibilité de venir aussi loin que Bulcour. J'ai déjà traversé cette région, mais en suivant la rive du fleuve. Il est donc nécessaire d'explorer plus attentivement et sur une certaine largeur les terrains élevés qui se trouvent en retrait du fleuve, aussi bien que la rive elle-même.
»J'ai déjà visité bon nombre de huttes et de cabanes; peut-être cependant, ne les ai-je pas toutes visitées: c'est pourquoi il est indispensable que toutes, grandes et petites soient fouillées pour y rechercher les livres, les papiers, et les corps des gens de cette troupe. Des hommes privés de vivres et mal vêtus auront naturellement cherché un abri dans les huttes qu'ils auront rencontrées sur leur chemin, et, s'ils sont épuisés, peut-être les rencontrera-t-on dans l'une d'elles.
S'ils se sont sentis incapables de porter plus loin leurs livres et leurs papiers, ils les auront laissés dans une hutte. Mais s'ils sont parvenus à les transporter au sud de la contrée qui s'étend de Matvaïh à Bulcour, on trouvera ceux-ci réunis en tas au pied de quelque objet placé de façon à attirer l'attention des gens envoyés à la recherche. Un mât ou une pile de bois aura été établi à côté ou au-dessus. Dans le cas où ces livres et ces papiers viendraient à être découverts, on devra les expédier au ministre américain résidant à Saint-Pétersbourg; cependant, s'ils étaient trouvés à une époque où l'on pût me les faire parvenir avant mon départ, je désire qu'ils me soient adressés.
»Quant aux cadavres qui viendraient à être découverts, je désire qu'il soient transportés sur un point central, et aussi près que possible de Boulouni. On les déposera côte à côte à l'intérieur d'une hutte pour qu'ils puissent être reconnus plus tard; ensuite la hutte devra être fermée soigneusement et recouverte d'une épaisse couche de terre ou de neige et rester dans cet état jusqu'à ce que des personnes envoyées d'Amérique arrivent avec les pouvoirs nécessaires pour prendre des dispositions définitives à leur égard. En recouvrant la hutte de terre ou de neige on devra le faire de telle façon que les animaux féroces ne puissent pénétrer jusqu'aux cadavres et les détruire.
»Les recherches pour le petit canot qui contenait huit hommes devront être faites depuis l'embouchure occidentale de la Léna jusqu'à celle de la rivière Jana et même au-delà de celle-ci. Jusqu'à ce jour on n'a reçu aucune nouvelle de cette embarcation. Mais comme les trois canots devaient se rendre à Barkin pour gagner ensuite l'embouchure de la Léna, il est naturel de supposer que le lieutenant Chipp, s'il a pu résister à l'ouragan, s'est dirigé sur ce point. Mais si, pour une cause quelconque, il n'a pu trouver une des embouchures de la Léna, il aura continué à longer, soit à l'ouest de Barkin, pour pénétrer dans le bras septentrional du fleuve, soit au sud, pour prendre une des entrées latérales de celui-ci. Si ce plan ne lui a pas réussi, il peut, chassé par le mauvais temps ou pour quelque autre cause, avoir été forcé de suivre la côte vers l'embouchure de la Jana.
»Des recherches actives et persistantes doivent commencer immédiatement pour être continuées jusqu'à ce que les hommes, les livres et les papiers soient retrouvés. On devra prendre un soin particulier à ce qu'une exploration minutieuse soit faite de la contrée où se trouve de Long et ses compagnons, dès le début du printemps, au moment où la neige commence à disparaître et avant la crue du fleuve. Un ou plusieurs officiers américains viendront, selon toute probabilité, à Boulouni pour participer aux recherches; mais les recherches dont il est question dans ces instructions devront être conduites indépendamment de toutes autres et faites sous la direction des autorités russes compétentes.
»George W. Melville.»