Quelques jours plus tard, le 10 janvier, Melville écrivit encore au secrétaire de la marine à Washington pour lui faire connaître le plan de la nouvelle campagne qu'il se proposait d'entreprendre:

Voici la lettre qu'il lui adressait.

«Yakoutsk, 10 janvier 1882.

»A l'honorable secrétaire de la marine, Washington.

»Monsieur,

»J'ai l'honneur de vous soumettre le plan de campagne suivant, que je me propose d'adopter, pour la recherche des hommes disparus des canots no 1 et no 2. Je vous adresse en même temps l'état des vivres et la liste des effets et autres objets qui nous seront nécessaires pour une absence de six mois. Toutefois, si nous étions forcés d'attendre dans le delta que le fleuve soit pris par les glaces pour revenir à Yakoutsk, ces provisions devraient être renouvelées par les autorités russes de cette dernière ville. Il est peut-être bon de vous prévenir en ce moment que toutes les provisions pour Boulouni et le delta y sont amenées à dos de cheval ou dans des traîneaux attelés de rennes, et que le trajet de 2,000 verstes qui sépare Boulouni d'Yakoutsk ne peut s'effectuer que pendant l'hiver; il serait donc possible que nous fussions obligés de rester à Boulouni ou dans les environs jusqu'au mois de novembre prochain.

»Les opérations de la recherche seront effectuées par trois partis. En voici le plan: Je me propose d'établir à Boulouni le dépôt de toutes nos provisions. Le centre de nos opérations sera aux Deux-Croix, près du mont Jai. L'un des partis se rendra à Sisteraneck, au nord, pour revenir en explorant le pays jusqu'aux Deux-Croix; le second explorera, en marchant vers le sud, la moitié du chemin entre les Deux-Croix et Bulcour; enfin le troisième partira de ce dernier point dans la direction du nord pour se rendre aux Deux-Croix. Ces trois partis peuvent explorer toute la contrée entre Sisteraneck et Bulcour dans les vingt jours qui suivront leur départ du dépôt. Cette exploration terminée, le dépôt sera transporté à Cathcontee, entre Sisteraneck et Ouvina; un des partis explorera le bras septentrional et le bras occidental de la Léna jusqu'à la rivière Olenek; le second descendra le bras nord-ouest, visitant la contrée jusqu'à Upper-Boulouni; enfin le troisième partira d'Upper-Boulouni, sur la côte nord-ouest, se dirigeant au sud-ouest à la rencontre du second parti. Les recherches pour de Long et Chipp seront alors terminées à l'ouest jusqu'au bas Olenek.

»Cette contrée explorée nous transporterons notre dépôt à Provarnia no 6, d'où deux partis se dirigeront au nord, l'un en explorant le bras septentrional de la Léna, l'autre en suivant la ligne des côtes est et ouest jusqu'à ce qu'il rencontre le premier, et tous les deux reviendront à travers les terres jusqu'à Provarnia, d'où ils transporteront le dépôt au no 18.

»De là un des partis fera le tour complet de l'île portant le no 18, se dirigeant d'abord au sud-est, puis au nord, pour tourner au sud-ouest et reprendre la direction de l'est afin de revenir à son point de départ; les deux autres exploreront la côte jusqu'à Barkin, et, à l'ouest, jusqu'au bras se dirigeant au sud-ouest vers Usterda, puis transporteront le dépôt à Bikoff pour explorer la ligne de côte au sud-est de ce point jusqu'au fond de la baie. Là les trois partis se partageront la besogne comme suit: deux d'entre eux se rendront en ligne directe jusqu'à la côte qui se trouve en face de Bikoff, de l'autre côté de la baie, où ils se sépareront pour opérer, l'un en remontant au nord et à l'est jusqu'au cap nord (cap Burkia) et revenir ensuite à Bikoff, l'autre en descendant vers le fond de la baie, où il rencontrera le troisième venant le long de la côte; après leur rencontre, ces deux partis reviendront également à Bikoff.

»Toutes ces explorations peuvent être achevées avant les inondations qui suivent la fonte des neiges; mais il sera nécessaire d'attendre la disparition des glaces avant d'essayer d'explorer en canot la partie de la côte qui s'étend jusqu'à la rivière Jana. En considérant la position qu'occupaient les trois embarcations avant que l'ouragan ne souffle du nord-est, il semble impossible que le second canot ait été porté par les courants à l'est de la Jana.