Les objets suivants en avaient été rapportés:
- Un aviron trop court pour un canot de baleinier, et garni de cuir, ce qui n’est pas d’usage à bord des navires allant à la pêche de la baleine, car d’habitude ceux-ci ne garnissent de cuir que les tolets de leurs canots.
- Trois chaudières, un tisonnier de cuisine.
- Un harpon à bombe brisé.
- Deux harpons ordinaires.
- Des châssis de la claire-voie et quelques pièces de bois.
Aucune de ces épaves ne portait de marque pouvant faire reconnaître à quel navire elle avait appartenu.
Les indigènes avaient rapporté, en outre, un marteau de tonnelier, marqué d’un côté: «Acier fondu» et de l’autre des lettres J. D. en lettres gravées. L’aviron était de bois de frêne, le bras peint en blanc et la pale en brun. Les harpons étaient marqués d’un côté: «Acier fondu» et de l’autre: «Mack».
Les naturels nous dirent également que le bâtiment contenait une grande quantité de dépouilles de phoques, et d’huile de baleine.
Ce ne pouvait donc être le même que celui aperçu près de Wankarem, puisqu’il avait été vu en même temps, et que celui-ci ne contenait pas de cadavres. Les naturels l’avaient visité une fois au moment où les glaces l’entraînaient vers le nord-est et l’ouest. Il était peint en noir à l’extérieur et en blanc à l’intérieur. D’une manière approximative (les naturels divisant leur temps par mois et non par jours), ce bâtiment avait été vu vers la fin d’août. Des amoncellements de glaces couvraient l’avant, de sorte qu’il était impossible de distinguer son nom.
Les indigènes nous apprirent aussi que le vent, qui nous avait empêché de débarquer sur leur côte, avait continué de souffler pendant quatre jours avec tant de violence que la glace s’était rompue. Depuis elle est restée dans le même état. Ils en étaient d’ailleurs fort heureux; ce vent leur ramenait les phoques, qui arrivaient juste à temps pour les empêcher de mourir de faim, car depuis quelque temps ils manquaient de vivres. Ces phoques sont restés près de leur côte pendant tout l’hiver.
Ces indigènes ne se fatiguaient pas cependant de nous manifester leur désappointement quand ils virent le navire disparaître, car le pillage de cette épave, si elle était venue échouer à la côte, eût été pour eux la source d’une véritable fortune.
L’homme avec lequel nous nous arrêtâmes dans ce village avait sur l’épaule gauche une très vilaine balafre qu’il avait reçue, il y a plusieurs années, dans un combat contre un ours. En essayant de tuer l’animal, celui-ci l’avait saisi par l’épaule et l’avait privé pour longtemps de l’usage de son bras gauche; aujourd’hui encore il le plie difficilement et ne peut guère s’en servir.
Nous arrivâmes le samedi 4 mars au cap Yarken, distant de 20 à 25 milles de Detourck, et nous y restâmes pendant plusieurs jours. Ayant appris que des marchands tchoucktchis, qui nous avaient précédés, avaient emporté tout ce qui restait dans le village de nourriture pour les chiens, nous profitâmes de notre séjour en cet endroit pour nous en approvisionner aussi largement que possible aux environs. Nous pensâmes ainsi qu’il était prudent de donner à ces marchands le temps de prendre quelque avance, afin de permettre aux indigènes de refaire leurs provisions. D’ailleurs, les villages sont assez nombreux sur cette partie de la côte, pour m’empêcher de concevoir la moindre crainte au sujet des vivres. J’eus aussi à faire changer un des patins de mon traîneau, trop usé pour supporter désormais un supplément de provisions.