Mercredi, 15 juin (jeudi 16).—Atmosphère lourde, épaisse et brumeuse, ce matin; mais, après 10 heures, le ciel s’est éclairci, et nous avons eu une belle journée ensoleillée. La nuit a été froide (10°). J’ai mal dormi, n’ayant pu réussir à amener mon sac-lit jusque sur mes épaules; le reste de la troupe a bien dormi.—Chipp est mieux; ayant bien dormi, il se sent frais et dispos. Danenhower circule par le camp avec un œil bandé, s’occupant de maints détails. Alexis a passé une mauvaise nuit; ce matin, il était très souffrant. Kuehne reste toujours couché sous la tente.

Pendant la matinée, nous avons ensaché autant de thé et de café que nous avons pu, et nous avons réparti les charges entre les cinq traîneaux. Cette besogne était finie à 11 heures; alors nous nous sommes mis à l’œuvre pour attacher et assujettir ces charges. Chaque traîneau porte:

no 1no 2no 3no 4no 5
765livres de pemmican.720720720720
40gallons d’alcool.40404040
36livres d’extrait de Liebig.3618
61livres de sucre cassé.61
60— — extra.
4sacs de biscuit.4444
30livres de café broyé.3030
90— de thé.60
10— de sucre extra.
16591318125213421325

Il nous reste encore, sur la glace, 30 livres de café brûlé, 30 livres de café broyé, 1 sac de biscuit, pour lesquels il nous faut trouver une place dans les canots. En outre de nos soixante jours de vivres, nous avons encore 315 livres de pemmican, 43 livres de thé, 55 livres de sucre et 37 livres de café. Nous serons donc obligés de laisser derrière nous une grande quantité de provisions, ainsi que nos deux dingies et l’un des traîneaux de Saint-Michel. Comme nous ne marcherons nécessairement que fort lentement, je crois que, pendant la première semaine qui suivra notre départ, nous serons encore assez rapprochés pour envoyer chaque jour un traîneau à chiens en arrière, chercher nos vivres pour la journée du lendemain. En agissant ainsi, nous éviterons de déranger l’arrimage de nos traîneaux.

Nous avons dîné à une heure; nous nous sommes remis à la besogne à deux, et tous nos traîneaux sont ficelés. Remarquant que le traîneau no 2 porte déjà un guidon sur lequel est inscrit le nom de «Lizzie», je fais observer à Ninderman que le nôtre n’en a point encore. Il me répond qu’on est en train de le préparer et qu’il a l’intention de lui donner le nom de «Sylvie». Naturellement, je n’ai aucune objection à faire à cette dénomination.

Nos observations nous placent par 77° 17´ de latitude nord et 153° 42´ 30´´ de longitude est; c’est-à-dire que nous avons été entraînés depuis hier de trois milles et trois quarts de mille, 72° nord. Ce soir, à 6 heures, nous avions une température de 19°, avec vent du nord-est.

Dans le courant de l’après-midi, je publiai l’ordre du jour suivant:

Cutter américain Jeannette,

Au milieu des glaces de l’Océan Arctique, par 77° 17´ de latitude nord et 153° 42´ de longitude est.

15 juin 1881.